19.05.2009
ATOM HEART MOTHER (1970)
Mais que pouvait bien avoir en tête Lulubelle III lorsqu’elle a vu un olibrius venir la déranger entre deux bouses et trois mastications pour la prendre en photo ? Pis encore, qu’a-t-elle bien pu penser lorsqu’elle a vu sa trogne trôner en tête de gondole des disquaires du coin ? L’histoire ne le dira jamais. L’histoire, voilà ce qui est important. L’histoire. Remettre les choses dans leur contexte. 38 ans après, comment peut-on percevoir « Atom Heart Mother » ? Nous y reviendrons plus tard, mais il faut tout de même se rendre compte qu’à l’époque, le groupe, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, cherchait. Tâtonnait parfois, mais cherchait. Une autre façon de faire, de voir les choses. Dans le monde de la pop, le format est longtemps resté cantonné aux trois minutes encadrées du couplet / refrain. Les Floyd, et d’autres, ont contribué à faire exploser ce cadre mais si on se penche un peu sur leur discographie, les titres très longs des Floyd ne sont pas si nombreux, contrairement à des groupes comme Yes qui en avaient fait une véritable marque de fabrique.

Les Floyd sont en tournée en permanence en ce début des années 70, avec une notoriété grandissante. Lorsqu’ils entrent en studio, ils n’ont que quelques bribes de musique qu’ils collent plus ou moins bout à bout. Fait de plusieurs séquences, ce morceau appelé jusque là «The Amazing Pudding» comprend notamment un duo basse batterie d’une dizaine de minutes. Bref, rien de bien défini. Par ailleurs, il faut savoir qu’à part Rick Wright qui a de petites notions, aucun des musiciens ne lit la musique. Malgré tout, ils ont dans l’idée de travailler avec un orchestre. Ils parviennent à mettre en forme un titre d’une vingtaine de minutes (l’histoire ne dit pas si la chose était préméditée ou s’il y a eu un effet « boule de neige ») qui, à ce stade, ne comprend pas encore d’orchestre. A cette époque, Roger Waters travaille sur la Bande Originale d’un documentaire expérimental, « The Body », avec un certain Ron Geesin, spécialisé dans les travaux électroniques, mais également arrangeur et compositeur. Celui-ci a d’ailleurs travaillé avec le père de Nick Mason sur la bande son d’un documentaire consacré aux voitures de collection. Le groupe fait appel à lui pour l’épauler dans la conception de ce qui va devenir le morceau « Atom Heart Mother ». Ce titre étrange fût trouvé lors d’une « Peel Sessions » où le célèbre John Peel, grand fan du groupe, feuilletait son canard. Le groupe, à la recherche d’un titre, cherche dans le journal et tombe par hasard sur le titre d’un article « Atomic Heart Mother », et décide donc d’appeler leur nouveau titre, et nouvel album «Atom Heart Mother ». Les différentes parties de ce titre en découleront avec plus ou moins bon goût. L’atmosphère au sein du groupe est relativement détendue, bien que des tensions ponctuelles apparaissent régulièrement. Il s’agit alors de petits pics parfois dignes d’une cour d’école qui n’ont pour le moment rien à voir avec les futures guerres de pouvoir. L’enregistrement du titre phare va s’avérer compliqué. En effet, à l’époque, les techniques n’étaient pas aussi développées que de nos jours. Waters et Mason durent enregistrer leurs parties en une seule prise, sans autre forme d’accompagnement, rendant la chose très compliquée. Gilmour, qui amena le thème principal de ce titre est lui, finalement peu présent sur ce morceau. Certes, il effectue de longs solos, mais n’est pas présent tout le long du titre contrairement aux trois autres. Le plus compliqué reste malgré tout à faire. En effet, il est tant d’enregistrer l’orchestre, et les musiciens vont se montrer particulièrement réticents, notamment sur le fait d’être dirigés par Geesin, qui n’a, à leurs yeux, aucune légitimité et qui a de plus écrit une musique finalement assez complexe et riche. Enfin, la puissance de feu de l’orchestre va poser de gros problèmes, les micros enregistrant un instrument ET son voisin, cela donnera à l’arrivée un effet plus ou moins appuyé de saturation irréversible, ce qui provoquera un manque évident de clarté. La présence du futur ingénieur du son, Alan Parson, aux manettes ne changera rien au problème. Seule la partie chorale se déroulera dans de bonnes conditions. Le titre apparaît aujourd’hui un peu pompeux, notamment dans les parties orchestrales et dans sa longueur. A la moitié du morceau apparaît une sorte de break psychédélique aux claviers concassés et à la sonorité atonale sombrant de plus en plus dans la cacophonie pour trouver son apogée lors du passage d’un supposé train. La musique repart alors sur le thème principal, et alterne les influences pop, jazz, voire funky. En termes de composition pure, le titre est une grande réussite même s’il aurait gagné en concision. La suite est plus anecdotique. Enfin, pas tant que cela. Le titre « If » est une ballade acoustique très douce qui rappelle le titre de Waters sur Ummagumma. S’il n’est pas transcendant, il possède tout de même une douceur assez séduisante qui contraste terriblement avec l’explosion de la première face. Le titre vous berce, avec sa guitare acoustique, soutenue par l’orgue et le piano, alors que Mason se fait très discret et que Gilmour saupoudre délicatement le tout de quelques notes de guitares sous un déluge de réverbération. « Summer’ 68 », composition de Wright pêche un peu par sa mélodie trop propre sur elle, comme toujours. Le morceau débute sur un piano gentillet, et l’on se dit alors que tout cela est bien transparent. Puis le morceau prend une toute autre direction et explose littéralement, rappelant certains titres du second LP du groupe, puis les cuivres font leur entrée, avec des arrangements très mélodieux. Le titre tient alors la cadence et finit par emporter le morceau. « Fat Old Sun » est une ballade composée par Gilmour qui ne révèle pas vraiment son potentiel sur album. Débutant sur une guitare acoustique, il connaît des breaks d’une douceur exacerbée, à peine effleurés par l’orgue de Wright. Puis les solos de Gilmour se retrouvent inexplicablement étouffés par la production qui le noie littéralement sous les échos et autres effets de réverbération. Pourtant, en Live, ce titre souvent joué apparaît plus explosif, possédant un véritable potentiel mélodique et une vraie force. Récemment, Gilmour à sorti un double album live où il reprend ce titre en lui rendant un véritable hommage (proposé en extrait) avec un solo de guitare formidable, et plein de vie, ce qui semblait manquer à l’original.
“Alan's Psychedelic Breakfast- Rise and Shine-Sunny Side Up-Morning” cloture l’album de manière très étrange. A l’époque, le groupe fait encore quelques shows basés sur l’art théâtral. Il arrive aux membres du groupe de clouer des planches sur scène par exemple et ils souhaitent reprendre cette idée sur disque. L’idée de départ, c’est de faire un titre autour d’un robinet qui fuit. Et puis l’idée faisant son chemin, on en vient à construire un morceau en trois parties autour d’un anglais préparant son petit déjeuner. Au premier morceau, on craque une allumette, au second, on fait bouillir de l’eau pour le thé, on plonge des céréales dans du lait, avant l’apparition de la guitare de Gilmour, pour ce qui est la plus belle partie du titre. Les voix que l’on entend sont des roadies du groupe. Enfin, on finit par cuire des œufs pour introduire le troisième morceau, qui se terminera par la fermeture de la porte et le robinet qui fuit toujours. Si ce titre, original à plus d’un titre, est intéressant, il n’en reste pas moins qu’il n’est pas formidablement composé, et que l’on sent parfois l’exercice de style. L’obligation de meubler sur une idée singulière. Ils joueront parfois ce titre sur scène, allant jusqu’à reproduire certains sons. En effet, des roadies feront cuire des œufs sur scène et feront bouillir de l’eau, mais l’idée ne sera pas viable bien longtemps.
Ce disque est tout de même intéressant pour deux raisons. D’abord, c’est l’apparition définitive de ce que l’on appelle alors le rock progressif, que les Floyd ont aidé à créer, mais dont ils ne seront pas vraiment les représentants les plus extrêmes. Dans toute leur discographie, seuls deux titres passent le cap des 20 minutes, et un seul celui du quart d’heure, pour le reste, si certaines compositions sont relativement longues, beaucoup sont aussi relativement concises, le futur « Dark Side » par exemple ne comprend aucune composition fleuve. Ensuite, c’est le dernier disque é être mal produit. Un tournant dans leur carrière, car le prochain album verra apparaître ce que l’on nommera bientôt le « Son Pink Floyd ». Sur scène, le groupe jouera « Atom Heart mother » avec ou sans orchestre, avec plus ou moins de réussite. On notera tout de même quelques prestations splendides comme celle de la BBC et celle du festival de Montreux que l’on retrouvera plus tard sur ce site à l’occasion d’un passage en revue des meilleurs bootlegs. Lors de certains concerts, le groupe laissera l’orchestre terminer le spectacle, notamment les chœurs qui interpréteront un Ave Maria très mal perçu par les spectateurs qui ne comprenaient pas bien la démarche et qui attendaient surtout les Floyd. Bref, les Floyd pouvaient encore être considérés comme une forme d’avant-garde, ce qui n’allait bientôt plus pouvoir être le cas…
Voici une version jouée par des étudiants ingénieurs du son au Conservatoire de Paris. Ce n’est pas le Floyd, mais la version est très fidèle et bien faite. En fouillant sur ce site, vous trouverez une version (écourtée) live d’Atom Heart Mother.
PINK FLOYD ATOM HEART MOTHER
envoyé par allainraphael. - Regardez plus de courts métrages.
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06.05.2009
UMMAGUMMA
L'année 1969 va s'avérer être bien remplie. Après la B.O. De More, le Floyd est sollicité pour mettre en musique l'arrivée des premiers hommes sur la lune. Dans le cadre d'une des nombreuses émissions autour de l'alunissage, le Floyd compose un titre de 5 minutes qui fera son apparition sur scène sous le titre « Moonhead », que l'on retrouve dans plusieurs Bootlegs, mais qui ne marquera pas vraiment l'histoire du groupe. Le groupe travaillera également à la bande originale d’une série animée, « Rollo », réalisée par Alan Aldridge. Pour l’occasion, ils créeront une poignée d’inédits pour la réalisation de l’épisode pilote, mais le projet ne verra finalement pas le jour.
Par ailleurs, ils développent les concepts, notamment scéniques, en théâtralisant leur prestation. Ils conçoivent un show complet intitulé « The Man / The Journey » qui décrit la journée d’un anglais moyen. A vrai dire, il s’agit du concept de départ, le rendu étant nettement différent. Il s’agit en fait d’une mise en scène d’un répertoire relativement éprouvé qui comporte très peu d’inédits, mis à part quelques improvisations et quelques vignettes sonores de différents types. Cette expérience comporte des choses plus « expérimentales » qu’à l’accoutumée, on y voit par exemple l’un des membres fabriquer une table en bois, plantant des clous sur des planches. On peut y voir aussi le « Teatime », sorte de break durant le spectacle où le groupe se fait servir le thé sur scène. On retrouve donc quelques morceaux connus du groupe, le final de « A saucerful of secrets », ou « Green is the colour », mais également un titre rarement joué sur scène « Biding My time » qui ne figurera jamais sur un album, mais sur une compilation à venir, « Relics ».
Ils travaillent également quelques jours sur la musique du film « 2001, l'Odyssée de l'espace » de Kubrick. Le projet sera rapidement abandonné. Le titre de l'album, trouvé un peu par hasard, est un mot d'argot anglais typique de Cambridge qui désigne l'acte sexuel. Quand au recto de la pochette, où l’on voit le Floyd étaler son matériel, c’est Mason qui en a eu l’idée en voyant, dans une revue, la photo d’un Bombardier « Phamtom » devant lequel on avait placé de façon symétrique l’intégralité de ses équipements. Lors d’un concert à la nouvelle Orléans, durant l’année 1970, ils se feront voler une grande partie de ce matériel, pour une somme d’environ 40 000 dollars. Dépités, les membres sen rendent dans le bar le plus proche pou y déverser leur misère au fond d’un verre pensant qu’il s’agissait là de la fin du groupe (à l’époque, ils étaient très loin de rouler sur l’or), mais en entendant leur histoire, la serveuse du bar contacte son petit ami. En effet, celui-ci travaille au F.B.I . Deux jours plus tard, le matériel leur fût intégralement restitué à l'exception de deux guitares.
Devant la masse de travail, et les concerts qui s'enchaînent, David Gilmour propose au groupe un exercice récréatif. Un album où chacun composerait et jouerait une partie sans aide extérieure, ou presque. Sur le papier, l'idée peut s'avérer intéressante. Norman Smith est encore présent dans l'équipe, pour la dernière fois, mais son influence est mineure. D'ailleurs, s'il n'a jamais été un grand producteur, il était bien meilleur que les Floyd lorsqu'ils débutèrent dans la production (il n'y a qu'à réécouter More pour s'en apercevoir...). Ummagumma sortira finalement sous un format double. Un disque studio comme prévu, et un live, avec quatre des titres les plus joués du groupe. Peut-être une façon d'assurer les ventes, car dès la sortie du disque, le groupe parlait déjà d'un disque raté malgré des critiques assez positives.
Le disque Live est plutôt honnête. Les versions des titres sont intéressantes, bien que manquant de tension sur certains titres. « Astronomy Dominé » par exemple, débute sur du clavier qui amène différemment le titre, et réapparaîtra pour un break au milieu du titre, mais ce qui aurait pu être une bonne idée est en fait le moyen de faire redescendre une tension indispensable à ce chef d'oeuvre. « Careful With That Axe, Eugene » possède une histoire particulière. Ce titre connaîtra de très nombreuses versions. La première se trouve sur la face B du single 3Point me at the sky » sorti en 1968, dans une version plus calme que celle présentée ici. Elle subira une transformation pour « The Man / The Journey », apparaîtra donc sur « Ummagumma » puis sur la B.O. De « Zabriskie Point » dont nous reparlerons.
Le groupe jouera encore très longtemps ce titre qui démarre sur une improvisation de Waters basée sur deux notes de basse, puis la tension monte peu à peu pour exploser dans une débauche de guitare et de hurlements, puis la tension redescend pour exploser à nouveau. Un morceau très tendu et assez réussi qui trouve sans doute sur cet album sa meilleure version. « Set the controls for the heart of the sun » se voit prolongée de quelques minutes pendant lesquelles la tension retombe une peu lors du solo de Richard Wright puis, remonte peu à peu et alors qu'on est proche de l'explosion, le titre repart comme il est venu, lentement et devient peu à peu silencieux. Enfin, la partie Live se clotûre sur un « A saucerful of secrets » dantesque, explosif, plus rythmé, qui s'envole peu à peu vers la folie comme pour mettre un point final au premier chapitre de l’histoire du groupe, tout en proposant une ouverture sur les futures orientations du groupe. En effet, ils ajoutent au titre un côté lyrique, et peut-être discutable, qui n'est pas sans rappeler certains passages du prochain Meddle, ou de l'inévitable « Dark Side of the moon ». Bizarrement, c'est la seule trace Live officielle du groupe de l'époque de Waters. Les prises de son de ce disque eurent lieu lors de deux concerts, malheureusement, lors de la première prise de son, le matériel d'enregistrement ne fonctionna pas correctement, mais le groupe, selon ses propres dires joua très bien, alors que le second soir, le matériel fonctionna bien, mais le groupe, toujours selon les dires des membres du groupe, ne joua pas correctement. Ils parvinrent tout de même à tirer le meilleur des deux soirs en faisant pas mal de post-production, en collant différentes séquences des mêmes morceaux et en ajoutant quelques voix en Studio. A l'arrivée, malgré quelques défauts, le disque rend parfaitement compte du son Live du groupe de l'époque.
Le disque studio est lui beaucoup plus complexe à appréhender. Selon Nick Mason, « Ummagumma » montre que notre total est plus grand que la somme de nos parties ». En clair, le batteur du groupe est persuadé que les membres
pris un par un peinent à être créatifs. Il faut bien dire que l’album laisse dubitatif. Résolument expérimentale et déconstruite, la musique semble manquer de vie, de relief. « Sysyphus » qui ouvre l’exercice résonne étonnamment sombre pour Rick Wright, réputé pour être le plus doux et gentil des membres du groupe. Les coups de tambours, et l’orgue ouvrent de façon grandiloquente une improvisation au piano qui rappelle au passage que le claviériste du groupe est le meilleur musicien du groupe (en termes de connaissance) mais également le plus pointu (en termes de goûts musicaux). Il s’intéresse de près au jazz et à la musique classique. Malheureusement, ses parties de piano s’embourbe dans un bavardage un peu vain, et à l’arrivée, il ne parvient pas à convaincre son auditoire.
C’est Waters qui s’en sort le mieux, d’abord avec la ballade « Grantchester Meadows » pleine de délicatesse qui relate sa petite enfance, à priori heureuse, sur fond de bruits de la nature. Les oiseaux piaffent, la rivière coule, et Waters apparaît serein, ce qui peut paraître très étonnant. Le morceau se clôture sur le bourdonnement d’une guêpe qui va finir écrasé impitoyablement. Ensuite, il affirme son amitié naissante avec Geesin sur “Several Species of Small Furry Animals Gathered Together in a Cave…”, où Waters prolonge les bruits de la nature, puis fait entrer peu à peu une série de vocalises étranges, sur plusieurs couches, mises en rythmes, mélangées à des bruitages électroniques, se terminant dans un déchaînement frénétique. Dans le genre, ces deux titres sont indéniablement la plus grande réussite du disque.
Le second à s’en sortir honorablement, c’est Gilmour. La première partie de « Narrow Way » est très belle. Une ballade acoustique instrumentale épurée qui sert de plateau pour servir des expérimentations sonores sur une guitare électrique noyé sous une chambre d’écho. Puis la seconde partie casse le rythme, se fait électrique et sombre, rappelant étrangement l’introduction de Rick Wright. Malheureusement, la production médiocre de ce titre plombe l’ensemble qui du coup est un peu pénible à écouter. Le riff de guitare, joué en boucle manque d’une véritable accroche et construit un pont pour relier les trois parties qui parait bien fragile. La troisième partie est la seule partie chantée de David Gilmour et rappelle des titres comme « Green is the colour » et « Cymbaline » dans une atmosphère plus sombre.
Là encore, la production médiocre a tendance à gâcher un morceau qui avait pourtant un potentiel plus intéressant qu’il n’y paraît. Ce morceau fût l’occasion des premières tensions dans la relation Gilmour / Waters, qui en connaîtra bien d’autres. En effet, Gilmour qui a toujours eu des difficultés à écrire les textes de ses chansons demande à Waters de lui écrire un petit quelque chose. Il aura pour seule réponse un « Non » ferme et catégorique. Les membres du groupe ont toujours été de bons collègues, mais jamais de vrais amis.
Nick Mason n’est sans doute pas le plus influent du groupe d’un point de vue musical, mais c’est sans doute le plus drôle. Le projet de faire son truc chacun dans son coin ne lui convient guère. Il est batteur et à part un solo de percussions en tout genre, il n’a pas grand-chose à proposer. Alors, comme pour protester, il introduit sa partie avec le la flûte traversière…jouée par sa femme de l’époque, Lindy. S’ensuit alors un solo de plusieurs percussions, sans véritable construction, avec différentes expérimentations sonores, mais l’ensemble être fait sans passion, et c’est parfois un peu trop flagrant. Pour un batteur, son morceau est étonnamment silencieux. Prolongeant les passages silencieux comme pour rappeler qu’il n’a pas grand-chose à dire, il a attend patiemment la troisième partie de son « The Grand Vizier's Garden Party », à nouveau interprétée à la flûte par sa femme.
A l’arrivée, le disque souffre d’une production vraiment exécrable, et d’un manque évident d’inspiration de certains membres. Il traîne alors un peu en longueur et multiplie les moments creux même s’il contient également son lot de pépites. Peu importe, le meilleur reste à venir.
10:58 Publié dans Les albums des Pink Floyd | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : pink floyd, ummagumma
30.04.2009
MORE
Après la sortie d'un dernier single, « Point me at the sky », et la participation à la B.O. De « The committee » le temps de deux morceaux faits de divers collages et bruitages, le Floyd s'attela, durant Noël 68, à l'enregistrement de la Bande Originale de « More ». C'est Barbet Schroeder, réalisateur du film qui viendra les chercher. Le film conte le voyage au travers de drogues d'un étudiant à Ibiza. Sans être un chef do'euvre le film rend compte d'une époque, et est, dans ce sens, assez réussi. Ils enregistrèrent l'album en huit jours, en chronométrant les séquences qui devaient être mises en musique car il n'y avait pas de studio de synchronisation. Schroeder se montra particulièrement ouvert, et ne souhaitait pas particulièrement avoir une musique qui resterait dans les esprits mais qui collerait à l'ambiance du film, ce qui, de ce point de vue, est parfaitement réussi. Hipgnosis signe, pour la seconde fois, la pochette du groupe, ce qui sera désormais le cas tout au long de leur carrière. Waters signe une grande partie des titres, alors que les autres morceaux sont principalement des efforts collectifs. Ce disque un peu à part dans la discographie du groupe apparaît presque buccolique. Ponctué de quelques ballades folk, mais aussi de morceaux résolument rock, ce qui est, dans les deux cas, totalement nouveau pour le groupe, « More » fait parti des albums sous estimés du groupe mais il comprend pourtant quelques belles compositions. Certains titres deviendront des classiques joués en live dans des version allongées, notamment le très beau « Cymbaline », souvent remodelé en concert pour obtenir une tonalité nettement plus blues. A noter que les versions présentes dans le film différent des titres présents sur le disque.
L'album s'ouvre sur des oiseaux chantant, ce qui place tout de suite l'ambiance du disque. Décontracté, intime et reposé. Alors que le sujet du film tourne avant tout autour de la drogue, ici, point de musique psychédélique ou presque. « Cirrus Minor » commence donc, après le chant des oiseaux sur une ballade folk évaporée, à la mélodie très basse, qui semble descendre en permanence, puis l'orgue de Wright épaissit le titre et lui donne un ton presque religieux Il n'y a pas, comme souvent dans les Bandes Originales, de thèmes récurrents, mais le disque est plutôt constitué de vignettes étroitement liées aux séquences qui leur ont donné naissance. Il y a dans ce disque presque autant de réussites que de ratages. « The nile song » démarre en trombe, toutes guitares dehors. Le Floyd se la joue heavy, mais bien vite, ils se prennent les pieds dans les jacks des guitares. La mélodie, totalement insipide, et les arrangements trop « bourrins » pour convaincre plombent le morceau dès son introduction, et rien n'y fera. Le titre ressemble à une tetative un peu vaine de faire du rock puissant, mais le Floyd est avant tou influencé par le blues, ce qui continue de s'entendre et la sauce ne prend pas. Le titre revient sur « Cying song », toujours composé par Waters, mais chanté par Gilmour, comme la majeur partie des titres de l'album. Là encore, le titre peine à convaincre même s'il possède un calme salvateur après le raffût inutile du titre précédent. Malgré tout, la mélodie qui tourne trop vite en boucle, et son côté linéaire, font de ce titre l'un des moins passionnants du disque.

Le solo final de Gilmour, étrangement court et transparent ne change rien à l'affaire. « Up the khyber », improvisation de Mason et Wright, apparaît comme une version nerveuse et concise de « A saurceful... ». Duo piano – orgue / batterie, le morceau tourne vite à vide et, sorti du contexte du film, n'apporte strictement rien au disque.Waters n'a pas encore sciemment décidé de prendre le contrôle du groupe, mais il reste le principal compositeur, et il faut bien dire que souvent, il se montre le plus doué des quatre. « Green is the colour » est d'ailleurs là pour le démontrer. Ballade folk de toute beauté, buccolique et reposée, chantée par un Gilmour tout en finesse, ce titre va devenir un classique du groupe en concert qui l'étalera sur près d'un quart d'heure. Quelques notes de flûte égrenées au loin, puis c'est le piano de Rick Wright qui intervient.Un petit moment de grâce précieuse comme un ruisseau. « Cymbaline » suit le même mouvement mais dans un angle plus pop, avec un refrain plus entêtant, mais aussi une fin qui reprend la trame générale de l'album avec un long solo de Rick Wright qui finit par envahir totalement le morceau. Celui-ci aussi sera un titre joué très souvent en Live. Deux morceaux complémentaires composés par Roger Waters qui prouve ici qu'il est, à ce moment là, le meilleur compositeur du groupe. « Party Séquence », composition collective, n'apporte strictement rien au disque, sorti de son contexte cinématographique. D'ailleurs, on peut se demander en quoi c'est une composition collective, puisqu'il y a une sorte de solo de percussion hystérique, avec une flûte sans structure ni mélodie qui semble jouer dans son coin sans se soucier du reste. « Main theme » débute comme une version allégée de « Saucerful » mais lorsque la batterie entame une rythmique métronomique, on se retrouve au milieu d'une sorte de jazz mutant, noyé de psychédélisme? Le morceau semble être une improvisation fermée qui ne va vraiment nulle part. Il s'en va comme il est arrivé sans rien avoir donné. « Ibiza Bar » reprend la structure de « The Nile Song », avec ces guitares affolées qui claquent dès le début du morceau. Gilmour, qui tient la quasi totalité des voix sur ce disque, s'égosille du mieux qu'il peut, mais peine encore une fois à convaincre. Le titre se veut une fois de plus « heavy », mais le break harmonisé ralentit la cadence et la sauce ne prend pas, bien qu'il soit largement plus réussi que le précédent. « More blues », comme son nom l'indique est un blues basique, sans grand intérêt, et noyé sous une chambre d'écho envahissante. Gilmour joue un solo sans grande inventivité ni émotion. Il s'arrête net, un peu comme si le groupe s'était rendu compte, lors de l'enregistrement, de l'inutilité de ce morceau. « Quicksilver » est sans doute le morceau le plus représentatif du Floyd de l'époque. Construit encore une fois sur la même base que « Saucerful », il reste sur cette atmosphère, faisant tinter les cymables, les gongs, laissant s'étaler les orgues, sans pour autant plonger dans l'hystérie. Ce qui empêche d'ailleurs le morceau de vraiment décoler. Sept minutes un peu longues, qui perdent une fois de plus à exister sans les images. « A spanish theme » est une vignette qui sonne, comme son nom l'indique, trés espagnol. Une composition de Gilmourqui est malheureusement trop courte pour laisser espérer une ambiance nouvelle. Enfin, le dernier titre, lui aussi trop ancré dans le film pour exister seul, reprend l'idée du « Main Theme », il en partage même une partie du titre. « Dramatic theme » clotûre l'album sans briller. Là encore, pas de thème mémorable, et un morceau beaucoup trop court pour accrocher.
Au final, deux morceaux se détachent d'un disque en demi teinte. Les deux sublimes ballades folk évitent au disque d'être un naufrage qui aurait du rester collé aux images du disque. Par ailleurs, il s'agit du premier disque produit par le disque lui-même, et de ce point de vue, on ne peut pas dire non plus qu'il s'agisse d'une réussite. Les instruments ne se détachent pas et vous arrivent en un seul bloc avec une sorte de distance qui rend le disque très austère. Il ne rencontrera pas un succès mémorable, mais le Floydd commence tout de même lentement à se faire un nom auprès du grand public. Il quitte peu à peu l'underground en faisant évoluer sa musique et poser les premières pierres de ce que le monde musical va bientôt nommer le « rock progressif ».
Des version live rares et intéressantes à plus d'un titre, notamment sur "Cymbaline" car l'on voit Rick Wright manipuler le fameux "Azimuth Co-Ordinator", créé par Bernard Speight, ingénieur à Abbey Road, qui permettait de diffuser la musique de façon à lui faire faire une rotation à 360 ° selon les besoins.

22:17 Publié dans Les albums des Pink Floyd | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note