17.07.2009

DARK SIDE OF THE MOON (1973)

A bien des titres, Dark Side Of The Moon est sans doute l’album le plus important des Pink Floyd. En termes de ventes, évidemment, puisqu’il totalise quelques 40 millions d’albums vendus, et possède le record de longévité de présence au sein des charts américains (14 ans avec une interruption d’une semaine, c’est plutôt pas mal). En termes de progression également. Progression créative, car c’est sans doute l’effort le plus collectif du groupe, le plus soigné, le plus recherché également. Progression technique, car on se rend compte à l’écoute du disque que tout, absolument tout est maîtrisé. C’est aussi l’album qui créé le plus la polémique. Il y a ceux qui ont aimé le Floyd le temps du premier album, ceux qui ont aimé le Floyd jusqu’à Dark Side Of the Moon et ceux qui considèrent que Dark Side Of the Moon est le chef d’œuvre absolu du groupe. A vrai dire, tout ce beau monde a raison et tort à la fois. Le groupe amène, à chaque album un regard neuf sur sa musique. Pink-Floyd-The-Dark-Side-Of-308985.jpgQu’on aime ou pas, on ne peut pas comparer le Floyd de 1967 avec celui de 1973, ni avec celui de 1979 ou de 1987. Bref, changeant de leader à chaque décennie ou presque, et donc de façon de faire et de composer, la musique du groupe va évoluer en permanence. Bonne ou mauvaise chose, ce n’est plus qu’une affaire de goût.

 

Mais revenons-en à cette année 1972. Course effrénée faite de concerts, la vie du Floyd s’articule essentiellement autour des projets musicaux. C’est alors un groupe sorti de l’underground qui connaît un succès relatif, mais reconnu des connaisseurs. A cette époque, le groupe possède quelques ébauches musicales, et pense enfin à ce qui va succéder à Meddle. C’est dans la cuisine de Mason que les premières idées fusent. Qu’est-ce qui nous rend fous ? L’argent, l’amour, la solitude, la mort, la religion, les problèmes sociaux… Ces petits thèmes vont être mis ensemble sous un grand thème directeur, la folie. Pas forcément dans le sens de l’aliénation, mais plutôt dans tout ce qui peut nous faire perdre la tête. Très vite, fait rarissime, les rôles se partagent avec précision. Waters écrira les textes, et s’occupera, avec Mason, de la cohérence du thème sur la longueur de l’album d’un point de vue conceptuel. Le mot est lâché. Il s’agit là du premier album concept du groupe. Un disque qui, musicalement suit, une ligne directrice du début à la fin, le tout soutenu par des textes cohérents dans un emballage englobant l’ensemble. Gilmour et Wright sont eux chargés de la texture musicale. Bizarrement, les Floyd ont toujours été considérés comme un groupe à concept alors que si l’on se penche sur leur discographie, il y a en tout et pour tout 5 disques « conceptuels ».

 

Ils disposent de six semaines avant de partir en tournée, et souhaitent présenter au public une première ébauche de ce nouvel album. Ils décident donc de partir à la campagne pour s’éloigner de tout et de tout le monde. Les choses vont alors très vite, l’ambiance au sein du groupe est radieuse, et surtout, chacun va dans la même direction. pink_floyd-dark_side_of_the_moon-sm_lg.jpgDes bribes d’anciens morceaux, notamment des sessions de « Zabriskie Point » sont repris pour les développer, d’autres sont créées de toute pièce, enfin, certains morceaux existants plus ou moins bien sur scène depuis quelques temps prennent une nouvelle forme en studio. Les Floyd jouissent des Studios d’Abbey Road et de la sonothèque comme bon leur semblent, ce qui leur donne le temps nécessaire à l’élaboration d’un disque pensé dans sa moindre minute. C’est d’ailleurs peut-être ce qui va agacer beaucoup d’auditeurs. Une musique chronométrée, maîtrisée, et (trop ?) réfléchie.

 

Le groupe part donc en tournée avec ce nouveau matériel, et organise une tournée mondiale avec un light-show à leur démesure. La logistique prend des proportions gigantesques, et devant cet armada de camions, de consoles (ils disposent alors de l’une des premières consoles 28 pistes et de l’Azimuth Coordinator Quadriphonique), d’instruments et de personnel, Rick Wright se pose un instant en se disant que tout ce qu’il fait dans cette foutue organisation, c’est jouer de l’orgue. Certains titres sont encore à l’état d’ébauche, comme « On the run », qui est alors une improvisation jazz, ou « Great gig in the sky » appelé « The mortality sequence » qui est un instrumental où des passages de la bible sont lus. « Brain damage » est une chute de l’époque Meddle ». Le succès grandit alors peu à peu et les salles sont de plus en plus grandes, malgré de nombreux problèmes techniques liés au gigantisme de cette entreprise.

 

L’épisode « Obscured By Clouds » arrive au beau milieu de cette intense passe créative, comme une bouffée d’air frais entre deux enregistrements. Car, l’enregistrement, justement, commence à peser et devant la complexité des morceaux et de leur réalisation, le groupe fait appel à Alan Parsons, ingénieur du son chez EMI, et qui avait déjà travaillé avec eux sur « Atom Heart Mother ».

 

The_Making_of_The_Dark_Side_of_the_Moon.jpg

L’arrivée de Parson va s’avérer des plus bénéfiques. Enthousiaste et jamais à court d’idées, il va apporter des améliorations et des suggestions à l’ensemble qui vont briller par leur originalité.

 

L’album a pour titre « The lunatic », dans un premier temps, extrait de la dernière chanson de l’album, puis ensuite, ce sera « Dark Side of The Moon », tiré de la même chanson. Le groupe « Medicine Heads » avait également appelé son album de l’époque comme çà, ce qui posa problème, mais leur album n’ayant eu aucun succès, les Floyd purent donc disposer du titre.

 

Le groupe travaille alors sur chaque titre, l’un après l’autre, ne s’arrêtant que lorsque la chanson paraît totalement terminée.

« Speak To Me » est conçu comme une introduction, une mise en bouche. Nick Mason créé alors une sorte de mix de tout ce qui va suivre, mélengeant extraits de chansons et de bruitages. L’intro est une reproduction d’un battement cardiaque, ce qui clôturera également l’album. A l’origine, le groupe avait utilisé un véritable battement de cœur, mais celui-ci étant trop sec, trop rapide, et jugé oppressant, le groupe préféra en créer un de toutes pièces. Une grosse caisse capitonnée, et une mailloche furent utilisées pour reproduire, de façon très réaliste, le battement d’un cœur (un peu lent, 72 battements minute…). Une note de piano fut maintenue durant une minute, puis passée à l’envers afin de donner cette sensation de lente montée qui servait de transition à « Breathe ». Ce titre, à l’origine formait un seul bloc, mais il sera finalement scindé en deux, comme un rappel à la fin du morceau suivant. Ce que l’on note rarement dans ce disque, c’est le silence qu’il y a parfois entre les notes, et la lenteur d’exécution, qui donnent cette sensation de douce mélopée. Gilmour mêle sur ce titre des arpèges joués avec un léger chorus sur la guitare, des notes sur Steel Guitar, instrument habituellement utilisé dans la country, et accords en apesanteur. Sa voix est doublée, avec un léger effet qui la ralentit pour ajouter de la profondeur. D’ailleurs, le procédé est repris sur l’ensemble du disque. Il y a en effet de nombreux instruments qui sont doublés, et qui ne jouent pas systématiquement la même chose. La basse de Waters, par exemple, joue deux partitions sur certains titres. L’orgue de Wright, omniprésent sur ce disque, offre une nappe voluptueuse à l’ensemble, et affirme le rôle du musicien qui ne jouera et ne composera jamais aussi bien que sur ce disque. Les accords de transition qui servent de pont au morceau sont tirés d’un morceau de l’album de « Kind Of Blue » de Miles Davis, rappelant ainsi que l’organiste du groupe est avant tout issu du jazz. D’une manière générale, il est évident que les musiciens sont alors en osmose totale, et œuvrent ensemble pour une cause commune. « On the Run » est sans aucun doute le titre le plus retravaillé en studio. Sur scène, le groupe jouait une sorte d’interlude jazzy durant parfois 6 à 7 minutes appelé alors « The Travel Section », et pas forcément époustouflant. Il ne reste plus grand-chose de ce passage, car le groupe utilise cet espace pour expérimenter de nouveaux « instruments ». Le « Synth EA » est considéré comme étant le premier séquenceur, allié à une batterie d’oscillateurs et sur lequel Waters et Gilmour vont jouer des heures durant, expérimentant toutes les possibilités de leur nouveau jouet. Huit notes sont jouées pour être ensuite accélérées, et filtrées. Le groupe ajoute alors une série de bruits comme des pas, un cœur qui bat, et reproduisent des sons de voiture grâce au synthétiseur VCS. Ce qui ressemble au passage d’un train est un fait plusieurs cordes de guitares sur lesquelles Gilmour glisse un pied de micro, puis la bande est passée à l’envers. La tension monte sans cesse sur ce morceau relativement expérimental pour l’époque, et sur une musique dédiée au grand public. Une explosion survient alors, annonçant la suite. C’est Alan Parsons qui eut l’idée d’amener une démo d’enregistrement quadriphonique faite deux mois auparavant dans une horlogerie. Le rotatum qui lance la cadence laisse l’espace nécessaire à Mason pour distiller une sorte de solo sur des peaux tendues alors que Wright glisse quelques notes de clavier. Ce qui surprend le plus dans l’intro de ce titre, c’est la lenteur, et le silence. En effet, à chaque seconde, l’auditeur se demande quand le morceau va vraiment débuter. D’ailleurs, alors que l’ensemble de l’album est très chargé, notamment en bruitage, on peut tout de même remarquer qu’une grande place est faite à l’espace et au silence, notamment au cours de ce morceau et de « Us and Them » qui intervient plus tard. Le morceau démarre vraiment enfin, sur un mélange des voix de Wright et Gilmour qui se marient, comme toujours, à merveille. Les chœurs féminins, qui ajoutent une touche soul au morceau, sont eux aussi doublés puis ralentis, donnant toujours cette profondeur de champ qui retranscrit encore ce besoin d’espace, mais cette fois, non plus en termes de temps, mais en termes d’espace physique. Rappelons que les Floyd sortent d’une école d’architecture et leur travail en est toujours plus ou moins teinté. Le solo de Gilmour, qui a vu le jour en live, est lui aussi doublé, mais cette fois à deux reprises, sans copie. Il joue donc la même chose à plusieurs reprises, essayant à chaque fois de coller au mieux à la prise précédente. Le thème du morceau est venu d’une prise de conscience de Waters qui a été élevé par sa mère dans l’idée que l’enfance et l’adolescence sont fait uniquement pour te préparer à la vie d’adulte qui est le véritable point de départ. « Time », qui parle du fait que la vie s’écoule toujours, et qu’elle commence le jour de la naissance, s’enchaîne ensuite sur une reprise de « Breathe », pour mieux amener « The great gig in the sky ». Ce titre qui devait être un instrumental a été entièrement composé par Wright. Un beau morceau de piano, à peine rehaussé par une partie de Steel Guitar. C’est Parsons qui a l’idée de faire appel à Clare Torry pour effectuer une performance vocale assez époustouflante. Elle entra en studio sans savoir quoi faire, Gilmour et Wright lui demandèrent alors de penser à la mort et à l’horreur. Elle improvisa donc un solo, et ressortit de la cabine dépitée et gênée pensant avoir fait quelque chose de très mauvais, mais les membres du groupe étaient ravis. Pour l’anecdote, en 2004, Clare Torry fit un procès au groupe, et fût finalement considérée comme co-auteur du morceau, et donc rémunérée comme il se doit.

Le morceau le plus célèbre de l’album, et sans doute du groupe, est aussi celui qui fait le plus débat. « Money », tube en devenir, va sortir en 45 tours et va aider à toucher un public bien plus large. Ce morceau sera considéré par les fans les plus obtus comme trop commercial, ce qui provoquera l’abandon définitif de certains d’entre eux. A l’époque, l’album se vend bien, mais ne cartonne pas, notamment au Etats-Unis où le groupe fait pourtant salle comble. La maison de disques américaine n’assure pas une promotion à la hauteur de l’évènement. Bhaskar Menon, fraîchement nommé directeur de Capitol Records, maison de disques américaine du groupe entend dire que Les Floyd souhaite changer de Maison de disques pour manque de promotion. Il parvient à les persuader de lui laisser le disque, et lance une campagne de promotion totalement exceptionnelle pour une telle structure. Bingo ! Les ventes commencent à exploser, mais Bhaskar Menon explique au groupe que pour passer à la vitesse supérieure, il faut un 45 tours. Ce sera « Money » dont le thème parle de lui-même. Et pourtant, ce morceau n’a rien d’un standard. Basé sur un riff blues en 7 temps, il change de mesure en son milieu, en repassant en 4 temps, plus habituel dans le monde du rock pour le solo de Gilmour, et repartir à nouveau sur une mesure en 7 temps. L’intro de la caisse enregistreuse fût un véritable casse tête. Ce qui, aujourd’hui serait fait en quelques clics sur ordinateur, demandait des heures de boulot. Il s’agit là d’une des premières fois où un groupe enregistre de la musique sur une séquence mise en boucle, et en rythme de surcroît. Waters va donc fabriquer, au sens propre, une bande, faite de 7 petits bouts de bande avec des sons de pièces jetées dans un plat en métal ou des feuilles déchirées près d’un micro, reproduisant ainsi la caisse enregistreuse. Collée bout à bout, la bande est tendue à travers le studio, tenue par le magnétophone d’un côté, et Alan Parsons de l’autre, le groupe jouant par-dessus en synchronisation. L’élément qui perturbera le plus les fans, c’est le saxo de Dick Parry, saxophoniste jazz que Gilmour connaît depuis l’adolescence. En effet, déjà à l’époque, il sonnait un brin kitsch, et plus encore aujourd’hui. C’est probablement le morceau que j’aime le moins sur l’album, peut-être trop souvent entendu, mais la présence du saxophone a tendance à me hérisser le poil. Toujours est-il que le 45 tours va cartonner, et à partir de ce moment, le disque ne va plus cesser de se vendre.

« Us and them », issu des sessions de Zabriskie point, parle de l’incapacité de la race humaine à être humaine et à vivre ensemble. C’est un titre, à nouveau de Wright, qui, lui aussi laisse beaucoup d’espace, et permet de souffler un peu après l’épisode de « Money ». Pourtant, la présence une nouvelle fois du Saxophone peut déranger. Les voix de Gilmour et Wright se marient à nouveau à la perfection quant à Mason, il fait preuve d’une sobriété qui donne une légèreté à ce titre tout de même très beau. « Any Colour You Like » sert d’intermède. Malgré une rythmique qui groove un peu, le titre apparaît anecdotique, presque transparent, tant les autres sont marquants. Rapidement envahi par les synthétiseurs truffés d’écho, le titre s’offre un break de Gilmour qui se lance dans un solo étrange et tordu, joué en multipistes, donnant l’impression d’une certaine nervosité dans un morceau qui se veut transition.

Il est alors temps de conclure. « Brain Damage » s’enchaîne tout de suite, comme un point de rupture, cassant le rythme et la ligne mélodique. Le titre parle de cette idée que l’on laisse pousser du gazon dans des endroits pour mieux en interdire l’accès. Aussi, l’envie de marcher dessus est-elle une folie ? Pourtant, « The Lunatic » semble faire directement référence à Syd Barrett. Après tout, un album sur la folie pouvait-il se passer sans évoquer le premier leader du groupe. La chose n’échappera pas à Syd Barrett qui assistera, médusé, à un concert du Floyd et s’apercevant que son ancien compagnon parle ouvertement de lui. Enfin, « Eclipse » morceau final, lui aussi énormément modifié par rapport à la version donnée en concert, clôt l’album en reprenant l’ensemble des thèmes à son compte, et en exposant tous les paradoxes qui peuvent rendre fous. Les chœurs soul refont surface pour un final explosif où l’on peu entendre des bribes de conversations glanées par Rick Wright et que l’on retrouve tout au long de l’album. L’idée de départ était de présenter des cartes avec des questions du genre « Quand avez-vous été violent pour la dernière fois ? », « Avez-vous eu raison ? ». Rick Wright interrogea des roadies, le gardien des Studios, des techniciens, mais également Paul et Linda Mc Cartney et le guitariste des Wings qui enregistraient à côté. Finalement, les voix de Paul et Linda ne seront pas gardées. Le disque se termine comme il avait commencé, sur les battements de cœur. Je vous fais grâce du travail de production qui suivit l’enregistrement, les consoles n’étant pas, à l’époque, automatisées, il fallait être une dizaine derrière les mélangeurs lors de l’enregistrement de la bande mère, au risque de tout recommencer si l’un des mélangeurs n’était pas bougé au bon moment… Quand à la pochette, elle fut choisie d’une seule voix par les membres du groupe.

 

Le groupe va vendre son disque par camions. Pourquoi ? Comme toujours, c’est la grande inconnue. Pourquoi celui-ci, à ce moment ? En 2009, il apparaît comme étant un peu daté. Personne ne compose plus de cette manière, en enchaînant ainsi les titres, et concevant un disque comme une idée globale. Les solos de guitare sont passés de mode, et les longues intro aussi. Il faut que tout soit bâclé en 4 minutes maxi, formaté et bien rempli. Pourtant, ce disque a tout de même bien résisté à l’épreuve du temps, notamment grâce à une production impeccable. Mais la production de ce disque l’a également aidé à le « ringardiser ». A une époque, on ne pouvait plus acheter une chaîne hi-fi chez Darty sans que l’on vous passe « Dark Side of The Moon » pour la démontration, sortant ainsi le disque d’un contexte global nécessaire à l’écoute. Qu’on le veuille ou non, ce disque a marqué l’histoire du rock.  Pour certains, d’une très belle manière, pour d’autres, de la pire qui soit. Personnellement, ce disque a marqué mon enfance, ma façon d’écouter et d’aborder la musque. Ce fût le premier album que j’ai acheté, vers 5 ans. Bref, s’il n’est pas mon album préféré, et de loin, il reste à mes yeux un album très important pour le groupe et pour le monde de la musique.

 

On ne compte plus les différentes éditions, LP couleur, CD, SACD, Picture disc et tout autre format. On peut donc noter l’édition CD remasterisée pour les 30 ans de l’album. Il existe aussi une version démo de l’album, trouvable sur le net, ainsi qu’une version Live de très bonne qualité, et également une version qui propose un mix différent, refusé à l’époque. Tout cela fera l’objet d’une future note.

Pink+Floyd+-+1973+-+Dark+Side+Of+The+Moon.jpg

29.06.2009

OBSCURED BY CLOUDS (1972)

L’année 1972 est chargée pour le Floyd. A peine sorti d’une tournée, et sur le point d’y retourner, le groupe entre en studio pour enregistrer le prochain album. Pour l’heure, le groupe jouit d’une petite notoriété mais qui ne dépasse pas vraiment le cadre des initiés. Pourtant, sans le savoir, le groupe s’apprête à mettre les pieds dans l’histoire du rock. Travail d’arrache pieds sur ce nouveau projet qui s’avère plus long que prévu, les membres fatiguent un peu. Ils ont rôdé le nouveau matériel sur scène, mais ne s’avère pas vraiment présentable en l’état, ce qui les oblige à repenser la majeur partie des titres. Au beau milieu de cette activité débordante (dans la foulée, il y a le projet Live At Pompéï…) Schroeder les contacte à nouveau pour son nouveau film. Fort de son expérience passée avec le groupe, il a décidé de faire appel à eux pour son nouveau film intitulé « La Vallée ». Bien que le groupe ne dispose pas de beaucoup de temps, les membres décident de s’accorder deux semaines pour enregistrer la bande son du film (qui ne sera pas graver dans l’histoire de la pellicule…). Ils partent en France et reprenne la méthode qui gagne, à savoir, composer avec les images, chronométrant les séquences à illustrer, mais sans vraiment se soucier du thème du film. Cependant, le manque de temps va les obliger à négliger un peu la production, ce qui n’est pas vraiment dans leurs habitudes. En effet, aussitôt le disque enregistré, ils repartent en tournée, alternant avec le studio, sans se soucier plus que çà de la sortie du disque, et encore moins de celle du film. Le bien nommé « Obscured by clouds » qui ouvre l’album est un des rares titres de l’album à sonner réellement comme du Floyd de l’époque. L’intro, joué par Mason qui bidouille là l’une des premières boîtes à rythmes (très primaire puisqu’il n’y a que quelques sons à sa disposition) donne le tempo languissant sur les nappes de synthé de Right et un gimmick de Gilmour. Le titre s’enchaîne sur le même tempo et la même trame avec « When you’re in » qui poursuit donc le titre d’ouverture, ajoutant un thème qui tourne en boucle, sans évolution, ni ajout. Le riff est accrocheur, mais pourtant, contrairement à leur habitude, en quelques secondes, tout est dit. Le Floyd est pourtant habitué à développer ses thèmes, à les épaissir, mais ici, une fois les bases posées, on s’arrête là. Bien entendu, lors de l’écoute de ce disque, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une musique de film, et que les thèmes récurrents dans ce genre d’exercice sont monnaie courante ! « Burning Bridges » vient ensuite casser le rythme imposé par les deux premiers titres en proposant une sorte de ballade qui donne un peu dans la molesse. Un duo Gilmour / Wright, pour une chanson sans grande inspiration, relativement transparente, qui s’écoute mais ne se retient pas vraiment. Les solos de Gilmour sont brefs et pas forcément pertinents. Malgré tout, le mélange des deux voix fonctionne assez bien et la brièveté du titre s’efforce de rendre l’ensemble agréable. 1972+-+Obscured+By+Clouds.jpgSur ce disque, c’est sans conteste Gilmour qui est à l’honneur. Chantant la plupart des titres, il a aussi une place non négligeable au sein de l’équipe des compositeurs. « The gold it’s in the… » démarre sur un riff rock qui n’est pas sans rappeler l’ambiance de la première face de « Meddle » ou certains titres de « More ». Malheureusement, le morceau est loin d’être formidable et peine à convaincre. Il donne à penser que l’exercice est un passage obligé, sans grande inspiration et s’avère être l’un des plus faibles de l’album. Gilmour encore, mais cette fois en grande forme compose la plus belle chanson du disque, le fragile « Wot’s …Uh the deal ». Une ballade acoustique, soutenue par des interventions discrètes mais efficaces de Richard Wright tout en piano décontractée suivies de très près par un solo de Gilmour joué au Bottleneck. S’il y a bien un titre qui semble flotter sur les nuages qui obscurcissent cette vallée, c’est bien ce morceau qui a, contrairement à l’ensemble, plutôt bien supporté l’épreuve du temps. Malheureusement, l’euphorie retombe rapidement avec « Mudmen », un instrumental qui ressemble étrangement à « Burning Bridges », reprenant la rythmique, mais aussi une certaine trame mélodique. Le titre, moins énergique encore que son jumeau ennuie, malgré les interventions de Gilmour et traîne en longueur sans jamais accrocher réellement. Une fois de plus, c’est Gilmour qui semble être au centre du projet. En effet, la seconde face du disque démarre par « Childhood’s End », composé par lui seul, avec son intro au VCS 3, synthétiseur haut de gamme de l’époque, dont je reparlerai très prochainement, et c’est un des meilleurs titres du disque que nous offre Gilmour. Sorte de blues détendu, sur un rythme qui groove presque, Gilmour n’en fait pas trop dans le solo et prouve aussi que, lorsqu’il s’en donne les moyens, il est capable de composer un morceau efficace, à la mélodie accrocheuse. Un mid tempo de bon aloi, après la mollesse de la première face. D’ailleurs, cette seconde face va s’avérer bien meilleure que la première. Pour ceux qui l’avaient oublié, Roger Waters fait également parti du groupe. Très discret lors de la première face où même sa basse est transparente, il compose « Free Four », sorte de blues improbable qui accélère sur le pont, accompagné par un solo mordant de Gilmour, court mais très efficace. La chanson évoque la jeunesse de Waters, ce qui prouve une fois de plus que le thème du film est plutôt laissé à l’abandon. C’est Wright qui s’avère le moins intéressant dans la composition sur ce disque. « Stay », titre composé avec Waters au texte se fait discret, à son image, mais peu inspiré. Pas moyen d’accrocher à cette mélodie rachitique qui semble pressée d’en terminer, quant au refrain, il est tout simplement faible. Le groupe semble peu concerné par ce titre. « Absolutely Curtains » vient clore le disque. Probablement l’un des plus intéressants, il ramène directement à l’époque de « Saucerful… » avec une intro tout en cymbales et grandes orgues. Pas de mélodie, ni de thème, il s’agit d’une longue improvisation faite de claviers et de percussions. En toute logique, les chœurs de Papous de Nouvelle-Guinée viennent fermer le morceau (l’action du film se déroule en Nouvelle-Guinée) et offre deux minutes délicates et finalement attendrissantes.

 

L’album pêche par une production étouffée qui ne rend pas justice aux bons morceaux et plombe définitivement les mauvais. A l’arrivée, un album en demi teinte, sans doute le moins bon des années 70, qui semble bâclé, par manque d’investissement, et probablement de temps. Un album que j’aime bien tout de même pour ses quelques qualités mais que j’écoute tout de même rarement. A sa sortie, il reçut un succès estimable et Schoeder, visiblement satisfait du résultat, ajouta Obsured By clouds entre parenthèses au titre de son film.

 

Il n’y aura pas d’édition particulière, si ce n’est deux pochettes différentes, l’une étant affublée d’un sticker précisant le nom du groupe et le titre du disque. obscured.jpg Les titres de l’album seront rarement joués en Live, et pendant peu de temps. David Gilmour ressuscitera « Wot’s …Uh the deal » lors de sa tournée en 2006 dans une belle version que je vous propose d’écouter.

 

23.05.2009

MEDDLE (1971)

La notoriété du groupe, en ce début des années 70 allait en grandissant. Chaque album les faisait franchir un nouveau palier. Preuve en est, Kubrick les contacte à nouveau, cette fois, pour obtenir les droits d' »Atom Heart Mother » pour son film « Orange Mécanique ». Seul problème, il veut en faire ce qu'il veut, sans l'avis des membres. Ils refuseront. Après une longue tournée, suite à la sortie d' « Atom Heart Mother », le groupe entra tout de suite en studio, sans le moindre matériel sonore. Autre preuve d'une notoriété grandissante, ils furent autorisés à changer de Studios. Les membres avaient dans l'idée de créer de façon totalement différente. Dans un premier temps, ils pensèrent jouer de la musique sans le moindre instrument. Ils conçurent alors un tas d'instruments bricolés, avec des élastiques, des briquets et tout ce qu'ils pouvaient trouver. meddle.jpgAprès des semaines de travail dans ce sens, ils parvinrent à produire quelques bribes de musique qui tenaient la route, mais l'investissement en énergie et en temps leur paraissait gigantesque par rapport au résultat. Ils abandonnèrent donc le projet, pour suivre une piste tout aussi farfelue.Ils jouèrent sur des pistes séparées, sans tenir compte de ce que les autres produisaient, en convenant simplement d'un accord de base, sans non plus se soucier du tempo. « « Nothings », « Sons of Nothings » et « Return of The Son of Nothings » furent les différents titres de travail. Enfin, une note de piano amplifiée sur un système dédié à l'orgue Hammond, ressemblant étrangement à un sonar devint le point de départ de la nouvelle composition. Une fois de plus, c'est un titre fleuve qui va véritablement réveiller la créativité du groupe. David Gilmour trouvera une phrase de guitare mélancolique, et par un effet boule de neige, le titre se prolongera sur plus de vingt minutes.

D'un point de vue purement technique, ce disque est à ce moment, le plus abouti. Enregistré avec un nouveau système très à la mode à l'époque, la quadriphonie, il possède une profondeur de champs bien plus considèrable que les précédents. Le groupe commence à doubler les pistes de certains instruments pour accroître ce sentiment d'envahissement du son. En effet, le titre « Echoes », par exemple, écouté à un certain volume, vibre de tous ses membres, et parvient à faire trembler la terre de la pièce où il est diffusé. A cette période, l'entente au sein du groupe est plutôt bonne, et chaque membre apporte sa pierre angulaire à la composition centrale. Gilmour et Waters, se chargeant de composer l'autre face du disque. « Meddle », sorte de jeu de mot typiquement anglais qui signifie vaguement « De quoi se mêle-t-on? », sort donc avec un pochette toujours aussi enigmatique. Une oreille en gros plan, plongée dans l'eau orne la pochette, sans que le nom du groupe y soit associé (du moins, pour la sortie européenne...). C'est un album plus « rock » par rapport au précédent, et l'on ressent tout le long une cohésion au sein du groupe qui ne tardera pas à s'évaporer. Pour l'heure, le groupe tourne avec cette nouvelle composition qu'il travaille sans cesse pour la faire entrer dans un cadre plus « discographique ». Les 25 minutes réglementaires par face pouvant être difficilement dépassées, ils récupèrent certaines idées des travaux de « Son of Nothings & co » pour effectuer un fondu enchaîné surprenant qu'ils parviennent finalement à jouer comme un morceau à part entière. « Echoes » est né. Sans doute l'une des plus éblouissantes composition de l'ère Waters, le morceau est particulièrement épique. Pour autant, la face A, qui possède ses qualités, peine à convaincre sur la longueur, ce qui sera sans doute le problème majeur de ce disque pourtant très bon dans son ensemble. Il apparaît comme étant celui qui a le mieux vieilli de la période pré Dark Side, notamment grâce à une production véritablement sans faille. Il possède également une mélancolie et une sorte de douceur joviale qui en font un des moins tristes.

C'est donc « One of These Days (I'm going tu cut you in littles pieces) » qui ouvre cet album, sur deux basses ronflantes jouées à l'unisson par Waters et Gilmour et raccordées à une chambre d'écho Binson, réputée pour ses différentes qualités techniques. En effet, il était possible d'impulser la cadence de répétition de l'écho, fait rarissime à l'époque. Une fois les bases lancées, le morceau dérape sur des basses saccadées, pinkfloyd-album-meddle.jpgNick Mason se fend alors de la seule phrase qu'il prononcera lors de sa carrière au sein du groupe et qui reprend le titre du morceau. La voix fut enregistrée sur un registre très aigües puis ralentie pour la rendre plus grave. Le morceau explose alors sur une cadence très rock, avec un solo de guitare explosif joué au bottleneck. Un titre très réussi qui ouvre parfaitement ce grand disque. L'acoustique « A pillow of Wind » procure un apaisement bien mérité, mais qui semble un peu faible. Même si ce titre est relativement attachant, il prouve encore qu'à l'époque, le Floyd maîtrise tout de même plus le formart épique, les grands espaces ou les espaces inctrumentaux que les formats pop et folk. Le titre est tiré d'une figure du Mah-Jong, jeu chinois auquel les membres du groupe jouait souvent au moment de l'enregistrement. « Fearless », ballade typiquement Gilmourienne navigue entre deux eaux, alternant les passages calmes et les passages plus enlevés. Le titre vient d'une expression utilisée dans le foot qui peut signifier « Génial ». Elle se termine sur « Never Walk Alone » chant de supporter de Liverpool, ce qui est relativement étrange, puisque Waters supportait Arsenal. Sans être particulièrement fascinante, elle s'avère très agréable à écouter. »Saint-Tropez » prend la suite, sur un ton légèrement bluesy. Inspirée de leur séjour dans le sud de la France, cette chanson de Waters est anecdotique au regard de ce qui nous attend derrière. Une ballade assez vive et ensoleillée mais qui n'apporte rien au disque. « Seamus » arrive en fin de disque, comme une note d'humour telle que le Floyd savait si bien le faire. Un jour, Gilmour déboule dans le Studio avec le chien de Steve Marriott, membre des Smal Faces, nommé Seamus. Celui-ci hurle à la mort dès qu'il entend de la musique. Ni une ni deux, le groupe improvise un blues de douze mesures, et enregistre le chien hurlant autant qu'il peut. L'affaire est dans le sac. La face B contient donc l'immense « Echoes ». Débutant sur un sonar, Gilmour apparaît peu à peu sur une mélodie particulièrement mélancolique. Wright et Gilmour chante à l'unisson, découvrant à l'occasion que leurs voix se marient particulièrement bien. Un rytme presque Funky tranche ensuite la mélodie, et Gilmour place un solo très rock. C'est lors de ce disque que David Gilmour va trouver une place prépondérante au sein du groupe et ses solos vont devenir de plus en plus étoffés et pertinents et ce, jusqu'à la fin du groupe. Ensuite, le groupe se plonge peu à peu (et pour la dernière fois) dans l'univers psychédélique. Waters frotte ses cordes de basse noyés sous l'écho pendant que Gilmour fait hurler sa guitare avec des sons très aigües grâce à un effet trouvé par accident. meddle-switzerland-81.jpgEn effet, Gilmour brancha sa pédale à l'envers, produisant ainsi un son qui vous vrille les tympans au milieu du morceau sous des cris lugubres de corbeaux funestes! Puis, l'orgue de Wright prend lentement, très lentement le relais avant que le titre n'explose sous un déluge de guitare fuzz, de basse énorme et de batterie fracassante. Enfin, le thème central du titre reprend sa place pour se terminer dans une sorte de fondu enchaîné rappelant le milieu du titre et vous amenant vers la porte de sortie...ou plutôt, vers le monde du silence. Cet album connaître un certain succès, et reste aujourd'hui considéré comme un des sommets du groupe, à juste titre. Si l'enregistrement dura relativement longtemps, c'est avant tout pour deux raisons. D'une part, le groupe repart en tournée, où d'ailleurs, il rode quelques nouveaux titres. Ensuite, le groupe travaille aussi sur un projet de compilation, « Relics », que nous évoquerons plus tard, sorte de récréation qui amène une bouffée d'air, malgré une ambiance très détendue pendant l'enregistrement de l'album.

 

Il existe différentes pochettes du disque, qui reprennent le thème principale, avec des tons de couleur différents. Certaines voient apparaître le nom du groupe et le titre du disque. Tout comme « Atom Heart Mother », le disque connaîtra différents pressages couleur, phénomène très à la mode à la fin des années 60 et au début des 70. Un album qui vous invite à rêver, à vous laisser bercer, à fermer les yeux pour mieux ouvrir les oreilles. Un disque que j'aime. Beaucoup.

 

120360076031.jpg