29.06.2009
OBSCURED BY CLOUDS (1972)
L’année 1972 est chargée pour le Floyd. A peine sorti d’une tournée, et sur le point d’y retourner, le groupe entre en studio pour enregistrer le prochain album. Pour l’heure, le groupe jouit d’une petite notoriété mais qui ne dépasse pas vraiment le cadre des initiés. Pourtant, sans le savoir, le groupe s’apprête à mettre les pieds dans l’histoire du rock. Travail d’arrache pieds sur ce nouveau projet qui s’avère plus long que prévu, les membres fatiguent un peu. Ils ont rôdé le nouveau matériel sur scène, mais ne s’avère pas vraiment présentable en l’état, ce qui les oblige à repenser la majeur partie des titres. Au beau milieu de cette activité débordante (dans la foulée, il y a le projet Live At Pompéï…) Schroeder les contacte à nouveau pour son nouveau film. Fort de son expérience passée avec le groupe, il a décidé de faire appel à eux pour son nouveau film intitulé « La Vallée ». Bien que le groupe ne dispose pas de beaucoup de temps, les membres décident de s’accorder deux semaines pour enregistrer la bande son du film (qui ne sera pas graver dans l’histoire de la pellicule…). Ils partent en France et reprenne la méthode qui gagne, à savoir, composer avec les images, chronométrant les séquences à illustrer, mais sans vraiment se soucier du thème du film. Cependant, le manque de temps va les obliger à négliger un peu la production, ce qui n’est pas vraiment dans leurs habitudes. En effet, aussitôt le disque enregistré, ils repartent en tournée, alternant avec le studio, sans se soucier plus que çà de la sortie du disque, et encore moins de celle du film. Le bien nommé « Obscured by clouds » qui ouvre l’album est un des rares titres de l’album à sonner réellement comme du Floyd de l’époque. L’intro, joué par Mason qui bidouille là l’une des premières boîtes à rythmes (très primaire puisqu’il n’y a que quelques sons à sa disposition) donne le tempo languissant sur les nappes de synthé de Right et un gimmick de Gilmour. Le titre s’enchaîne sur le même tempo et la même trame avec « When you’re in » qui poursuit donc le titre d’ouverture, ajoutant un thème qui tourne en boucle, sans évolution, ni ajout. Le riff est accrocheur, mais pourtant, contrairement à leur habitude, en quelques secondes, tout est dit. Le Floyd est pourtant habitué à développer ses thèmes, à les épaissir, mais ici, une fois les bases posées, on s’arrête là. Bien entendu, lors de l’écoute de ce disque, il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une musique de film, et que les thèmes récurrents dans ce genre d’exercice sont monnaie courante ! « Burning Bridges » vient ensuite casser le rythme imposé par les deux premiers titres en proposant une sorte de ballade qui donne un peu dans la molesse. Un duo Gilmour / Wright, pour une chanson sans grande inspiration, relativement transparente, qui s’écoute mais ne se retient pas vraiment. Les solos de Gilmour sont brefs et pas forcément pertinents. Malgré tout, le mélange des deux voix fonctionne assez bien et la brièveté du titre s’efforce de rendre l’ensemble agréable.
Sur ce disque, c’est sans conteste Gilmour qui est à l’honneur. Chantant la plupart des titres, il a aussi une place non négligeable au sein de l’équipe des compositeurs. « The gold it’s in the… » démarre sur un riff rock qui n’est pas sans rappeler l’ambiance de la première face de « Meddle » ou certains titres de « More ». Malheureusement, le morceau est loin d’être formidable et peine à convaincre. Il donne à penser que l’exercice est un passage obligé, sans grande inspiration et s’avère être l’un des plus faibles de l’album. Gilmour encore, mais cette fois en grande forme compose la plus belle chanson du disque, le fragile « Wot’s …Uh the deal ». Une ballade acoustique, soutenue par des interventions discrètes mais efficaces de Richard Wright tout en piano décontractée suivies de très près par un solo de Gilmour joué au Bottleneck. S’il y a bien un titre qui semble flotter sur les nuages qui obscurcissent cette vallée, c’est bien ce morceau qui a, contrairement à l’ensemble, plutôt bien supporté l’épreuve du temps. Malheureusement, l’euphorie retombe rapidement avec « Mudmen », un instrumental qui ressemble étrangement à « Burning Bridges », reprenant la rythmique, mais aussi une certaine trame mélodique. Le titre, moins énergique encore que son jumeau ennuie, malgré les interventions de Gilmour et traîne en longueur sans jamais accrocher réellement. Une fois de plus, c’est Gilmour qui semble être au centre du projet. En effet, la seconde face du disque démarre par « Childhood’s End », composé par lui seul, avec son intro au VCS 3, synthétiseur haut de gamme de l’époque, dont je reparlerai très prochainement, et c’est un des meilleurs titres du disque que nous offre Gilmour. Sorte de blues détendu, sur un rythme qui groove presque, Gilmour n’en fait pas trop dans le solo et prouve aussi que, lorsqu’il s’en donne les moyens, il est capable de composer un morceau efficace, à la mélodie accrocheuse. Un mid tempo de bon aloi, après la mollesse de la première face. D’ailleurs, cette seconde face va s’avérer bien meilleure que la première. Pour ceux qui l’avaient oublié, Roger Waters fait également parti du groupe. Très discret lors de la première face où même sa basse est transparente, il compose « Free Four », sorte de blues improbable qui accélère sur le pont, accompagné par un solo mordant de Gilmour, court mais très efficace. La chanson évoque la jeunesse de Waters, ce qui prouve une fois de plus que le thème du film est plutôt laissé à l’abandon. C’est Wright qui s’avère le moins intéressant dans la composition sur ce disque. « Stay », titre composé avec Waters au texte se fait discret, à son image, mais peu inspiré. Pas moyen d’accrocher à cette mélodie rachitique qui semble pressée d’en terminer, quant au refrain, il est tout simplement faible. Le groupe semble peu concerné par ce titre. « Absolutely Curtains » vient clore le disque. Probablement l’un des plus intéressants, il ramène directement à l’époque de « Saucerful… » avec une intro tout en cymbales et grandes orgues. Pas de mélodie, ni de thème, il s’agit d’une longue improvisation faite de claviers et de percussions. En toute logique, les chœurs de Papous de Nouvelle-Guinée viennent fermer le morceau (l’action du film se déroule en Nouvelle-Guinée) et offre deux minutes délicates et finalement attendrissantes.
L’album pêche par une production étouffée qui ne rend pas justice aux bons morceaux et plombe définitivement les mauvais. A l’arrivée, un album en demi teinte, sans doute le moins bon des années 70, qui semble bâclé, par manque d’investissement, et probablement de temps. Un album que j’aime bien tout de même pour ses quelques qualités mais que j’écoute tout de même rarement. A sa sortie, il reçut un succès estimable et Schoeder, visiblement satisfait du résultat, ajouta Obsured By clouds entre parenthèses au titre de son film.
Il n’y aura pas d’édition particulière, si ce n’est deux pochettes différentes, l’une étant affublée d’un sticker précisant le nom du groupe et le titre du disque.
Les titres de l’album seront rarement joués en Live, et pendant peu de temps. David Gilmour ressuscitera « Wot’s …Uh the deal » lors de sa tournée en 2006 dans une belle version que je vous propose d’écouter.
11:30 Publié dans Les albums des Pink Floyd | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : obscured by clouds, pink floyd
Commentaires
y faut que je prenne le temps de venir mettre mes commentaires et mon grain de sel sur tes commentaires d' opus... Le Cloud, j'aimais bien... Il allait dans le bon sens du Floyd de l'époque... Pas parfait, mais dans le ton, bien dans son époque !
Ecrit par : ptilou | 30.06.2009
Un peu trop peut-être, c'est pour çà qu'il a vachement vieilli....
Ecrit par : esther | 03.07.2009
Je suis assez d'accord avec toi pour la production...Album que j'ai acheté à sa sortie en 71, d'accord avec toi aussi pour le film de Shroeder, très en dessous de More, pourtant avec Kalfon et Bulle Ogier...Mais pour revenir à Obscured, rejettes une oreille sur "Mudmen" qui est à mon humble avis le grand pétard de l'album!
Cordialement
harvester
Ecrit par : harvester | 10.07.2009
Rien n'y fait, Mudmen me paraît toujours être l'un des plus faibles du disque.
Ecrit par : Esther | 11.07.2009
Comme quoi les goûts. Perso, j'aime bien ce genre de morceaux du Floyd, dans le genre du "Main Theme" de More que j'aime beaucoup aussi! Le fait que tu aies reparlé d'Obscured, j'aimerai bien me revoir le film de Schroeder que je n'ai pas revu depuis sa sortie en 72, histoire de voir comment la musique collait aux images...
Cordialement
harvester
Ecrit par : harvester | 11.07.2009
Je te trouve injuste avec "Obscured by Clouds". C'est frais, léger, spontané. Ca s'écoute sans faim. Il y a un thème directeur, une ambiance faite d'ombres et de lumières. Enlever Mudmen gâcherait tout. La pochette est sublime. On retrouve la patte Pink Floyd dans les instrus. Rick Wright se fait massacré dans ton article (très bien écrit au demeurant) alors que Stay dégage d'avantage d'émotion que Free Four. Le seul péché d'Obscured by Clouds est de surfer sur la vague "Easy Listening" au milieu des requins bleus que furent Ummagumma, Atom Heart Mother et Animals. J'attends avec impatient la réédition des 40 ans avec e bonus Crumbling Land, The Red Queen Theme et Fingal's Cave.
Ecrit par : Freddy | 14.07.2009
J'espère que la réédition connaître un remastering digne de ce nom....
Ecrit par : Esther | 16.07.2009
Et merci pour les compliments.
PS: Je massacre Rick Wright sans le massacrer, il est sûrement le membre pour lequel j'ai le plus de "tendresse".
Ecrit par : Esther | 16.07.2009
beaucoup appris
Ecrit par : Nina_Tool | 19.09.2009
Ecrire un commentaire