23.05.2009
MEDDLE (1971)
La notoriété du groupe, en ce début des années 70 allait en grandissant. Chaque album les faisait franchir un nouveau palier. Preuve en est, Kubrick les contacte à nouveau, cette fois, pour obtenir les droits d' »Atom Heart Mother » pour son film « Orange Mécanique ». Seul problème, il veut en faire ce qu'il veut, sans l'avis des membres. Ils refuseront. Après une longue tournée, suite à la sortie d' « Atom Heart Mother », le groupe entra tout de suite en studio, sans le moindre matériel sonore. Autre preuve d'une notoriété grandissante, ils furent autorisés à changer de Studios. Les membres avaient dans l'idée de créer de façon totalement différente. Dans un premier temps, ils pensèrent jouer de la musique sans le moindre instrument. Ils conçurent alors un tas d'instruments bricolés, avec des élastiques, des briquets et tout ce qu'ils pouvaient trouver.
Après des semaines de travail dans ce sens, ils parvinrent à produire quelques bribes de musique qui tenaient la route, mais l'investissement en énergie et en temps leur paraissait gigantesque par rapport au résultat. Ils abandonnèrent donc le projet, pour suivre une piste tout aussi farfelue.Ils jouèrent sur des pistes séparées, sans tenir compte de ce que les autres produisaient, en convenant simplement d'un accord de base, sans non plus se soucier du tempo. « « Nothings », « Sons of Nothings » et « Return of The Son of Nothings » furent les différents titres de travail. Enfin, une note de piano amplifiée sur un système dédié à l'orgue Hammond, ressemblant étrangement à un sonar devint le point de départ de la nouvelle composition. Une fois de plus, c'est un titre fleuve qui va véritablement réveiller la créativité du groupe. David Gilmour trouvera une phrase de guitare mélancolique, et par un effet boule de neige, le titre se prolongera sur plus de vingt minutes.
D'un point de vue purement technique, ce disque est à ce moment, le plus abouti. Enregistré avec un nouveau système très à la mode à l'époque, la quadriphonie, il possède une profondeur de champs bien plus considèrable que les précédents. Le groupe commence à doubler les pistes de certains instruments pour accroître ce sentiment d'envahissement du son. En effet, le titre « Echoes », par exemple, écouté à un certain volume, vibre de tous ses membres, et parvient à faire trembler la terre de la pièce où il est diffusé. A cette période, l'entente au sein du groupe est plutôt bonne, et chaque membre apporte sa pierre angulaire à la composition centrale. Gilmour et Waters, se chargeant de composer l'autre face du disque. « Meddle », sorte de jeu de mot typiquement anglais qui signifie vaguement « De quoi se mêle-t-on? », sort donc avec un pochette toujours aussi enigmatique. Une oreille en gros plan, plongée dans l'eau orne la pochette, sans que le nom du groupe y soit associé (du moins, pour la sortie européenne...). C'est un album plus « rock » par rapport au précédent, et l'on ressent tout le long une cohésion au sein du groupe qui ne tardera pas à s'évaporer. Pour l'heure, le groupe tourne avec cette nouvelle composition qu'il travaille sans cesse pour la faire entrer dans un cadre plus « discographique ». Les 25 minutes réglementaires par face pouvant être difficilement dépassées, ils récupèrent certaines idées des travaux de « Son of Nothings & co » pour effectuer un fondu enchaîné surprenant qu'ils parviennent finalement à jouer comme un morceau à part entière. « Echoes » est né. Sans doute l'une des plus éblouissantes composition de l'ère Waters, le morceau est particulièrement épique. Pour autant, la face A, qui possède ses qualités, peine à convaincre sur la longueur, ce qui sera sans doute le problème majeur de ce disque pourtant très bon dans son ensemble. Il apparaît comme étant celui qui a le mieux vieilli de la période pré Dark Side, notamment grâce à une production véritablement sans faille. Il possède également une mélancolie et une sorte de douceur joviale qui en font un des moins tristes.
C'est donc « One of These Days (I'm going tu cut you in littles pieces) » qui ouvre cet album, sur deux basses ronflantes jouées à l'unisson par Waters et Gilmour et raccordées à une chambre d'écho Binson, réputée pour ses différentes qualités techniques. En effet, il était possible d'impulser la cadence de répétition de l'écho, fait rarissime à l'époque. Une fois les bases lancées, le morceau dérape sur des basses saccadées,
Nick Mason se fend alors de la seule phrase qu'il prononcera lors de sa carrière au sein du groupe et qui reprend le titre du morceau. La voix fut enregistrée sur un registre très aigües puis ralentie pour la rendre plus grave. Le morceau explose alors sur une cadence très rock, avec un solo de guitare explosif joué au bottleneck. Un titre très réussi qui ouvre parfaitement ce grand disque. L'acoustique « A pillow of Wind » procure un apaisement bien mérité, mais qui semble un peu faible. Même si ce titre est relativement attachant, il prouve encore qu'à l'époque, le Floyd maîtrise tout de même plus le formart épique, les grands espaces ou les espaces inctrumentaux que les formats pop et folk. Le titre est tiré d'une figure du Mah-Jong, jeu chinois auquel les membres du groupe jouait souvent au moment de l'enregistrement. « Fearless », ballade typiquement Gilmourienne navigue entre deux eaux, alternant les passages calmes et les passages plus enlevés. Le titre vient d'une expression utilisée dans le foot qui peut signifier « Génial ». Elle se termine sur « Never Walk Alone » chant de supporter de Liverpool, ce qui est relativement étrange, puisque Waters supportait Arsenal. Sans être particulièrement fascinante, elle s'avère très agréable à écouter. »Saint-Tropez » prend la suite, sur un ton légèrement bluesy. Inspirée de leur séjour dans le sud de la France, cette chanson de Waters est anecdotique au regard de ce qui nous attend derrière. Une ballade assez vive et ensoleillée mais qui n'apporte rien au disque. « Seamus » arrive en fin de disque, comme une note d'humour telle que le Floyd savait si bien le faire. Un jour, Gilmour déboule dans le Studio avec le chien de Steve Marriott, membre des Smal Faces, nommé Seamus. Celui-ci hurle à la mort dès qu'il entend de la musique. Ni une ni deux, le groupe improvise un blues de douze mesures, et enregistre le chien hurlant autant qu'il peut. L'affaire est dans le sac. La face B contient donc l'immense « Echoes ». Débutant sur un sonar, Gilmour apparaît peu à peu sur une mélodie particulièrement mélancolique. Wright et Gilmour chante à l'unisson, découvrant à l'occasion que leurs voix se marient particulièrement bien. Un rytme presque Funky tranche ensuite la mélodie, et Gilmour place un solo très rock. C'est lors de ce disque que David Gilmour va trouver une place prépondérante au sein du groupe et ses solos vont devenir de plus en plus étoffés et pertinents et ce, jusqu'à la fin du groupe. Ensuite, le groupe se plonge peu à peu (et pour la dernière fois) dans l'univers psychédélique. Waters frotte ses cordes de basse noyés sous l'écho pendant que Gilmour fait hurler sa guitare avec des sons très aigües grâce à un effet trouvé par accident.
En effet, Gilmour brancha sa pédale à l'envers, produisant ainsi un son qui vous vrille les tympans au milieu du morceau sous des cris lugubres de corbeaux funestes! Puis, l'orgue de Wright prend lentement, très lentement le relais avant que le titre n'explose sous un déluge de guitare fuzz, de basse énorme et de batterie fracassante. Enfin, le thème central du titre reprend sa place pour se terminer dans une sorte de fondu enchaîné rappelant le milieu du titre et vous amenant vers la porte de sortie...ou plutôt, vers le monde du silence. Cet album connaître un certain succès, et reste aujourd'hui considéré comme un des sommets du groupe, à juste titre. Si l'enregistrement dura relativement longtemps, c'est avant tout pour deux raisons. D'une part, le groupe repart en tournée, où d'ailleurs, il rode quelques nouveaux titres. Ensuite, le groupe travaille aussi sur un projet de compilation, « Relics », que nous évoquerons plus tard, sorte de récréation qui amène une bouffée d'air, malgré une ambiance très détendue pendant l'enregistrement de l'album.
Il existe différentes pochettes du disque, qui reprennent le thème principale, avec des tons de couleur différents. Certaines voient apparaître le nom du groupe et le titre du disque. Tout comme « Atom Heart Mother », le disque connaîtra différents pressages couleur, phénomène très à la mode à la fin des années 60 et au début des 70. Un album qui vous invite à rêver, à vous laisser bercer, à fermer les yeux pour mieux ouvrir les oreilles. Un disque que j'aime. Beaucoup.

Pink floyd live at Pompeii Echoes part 1
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19.05.2009
ATOM HEART MOTHER (1970)
Mais que pouvait bien avoir en tête Lulubelle III lorsqu’elle a vu un olibrius venir la déranger entre deux bouses et trois mastications pour la prendre en photo ? Pis encore, qu’a-t-elle bien pu penser lorsqu’elle a vu sa trogne trôner en tête de gondole des disquaires du coin ? L’histoire ne le dira jamais. L’histoire, voilà ce qui est important. L’histoire. Remettre les choses dans leur contexte. 38 ans après, comment peut-on percevoir « Atom Heart Mother » ? Nous y reviendrons plus tard, mais il faut tout de même se rendre compte qu’à l’époque, le groupe, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, cherchait. Tâtonnait parfois, mais cherchait. Une autre façon de faire, de voir les choses. Dans le monde de la pop, le format est longtemps resté cantonné aux trois minutes encadrées du couplet / refrain. Les Floyd, et d’autres, ont contribué à faire exploser ce cadre mais si on se penche un peu sur leur discographie, les titres très longs des Floyd ne sont pas si nombreux, contrairement à des groupes comme Yes qui en avaient fait une véritable marque de fabrique.

Les Floyd sont en tournée en permanence en ce début des années 70, avec une notoriété grandissante. Lorsqu’ils entrent en studio, ils n’ont que quelques bribes de musique qu’ils collent plus ou moins bout à bout. Fait de plusieurs séquences, ce morceau appelé jusque là «The Amazing Pudding» comprend notamment un duo basse batterie d’une dizaine de minutes. Bref, rien de bien défini. Par ailleurs, il faut savoir qu’à part Rick Wright qui a de petites notions, aucun des musiciens ne lit la musique. Malgré tout, ils ont dans l’idée de travailler avec un orchestre. Ils parviennent à mettre en forme un titre d’une vingtaine de minutes (l’histoire ne dit pas si la chose était préméditée ou s’il y a eu un effet « boule de neige ») qui, à ce stade, ne comprend pas encore d’orchestre. A cette époque, Roger Waters travaille sur la Bande Originale d’un documentaire expérimental, « The Body », avec un certain Ron Geesin, spécialisé dans les travaux électroniques, mais également arrangeur et compositeur. Celui-ci a d’ailleurs travaillé avec le père de Nick Mason sur la bande son d’un documentaire consacré aux voitures de collection. Le groupe fait appel à lui pour l’épauler dans la conception de ce qui va devenir le morceau « Atom Heart Mother ». Ce titre étrange fût trouvé lors d’une « Peel Sessions » où le célèbre John Peel, grand fan du groupe, feuilletait son canard. Le groupe, à la recherche d’un titre, cherche dans le journal et tombe par hasard sur le titre d’un article « Atomic Heart Mother », et décide donc d’appeler leur nouveau titre, et nouvel album «Atom Heart Mother ». Les différentes parties de ce titre en découleront avec plus ou moins bon goût. L’atmosphère au sein du groupe est relativement détendue, bien que des tensions ponctuelles apparaissent régulièrement. Il s’agit alors de petits pics parfois dignes d’une cour d’école qui n’ont pour le moment rien à voir avec les futures guerres de pouvoir. L’enregistrement du titre phare va s’avérer compliqué. En effet, à l’époque, les techniques n’étaient pas aussi développées que de nos jours. Waters et Mason durent enregistrer leurs parties en une seule prise, sans autre forme d’accompagnement, rendant la chose très compliquée. Gilmour, qui amena le thème principal de ce titre est lui, finalement peu présent sur ce morceau. Certes, il effectue de longs solos, mais n’est pas présent tout le long du titre contrairement aux trois autres. Le plus compliqué reste malgré tout à faire. En effet, il est tant d’enregistrer l’orchestre, et les musiciens vont se montrer particulièrement réticents, notamment sur le fait d’être dirigés par Geesin, qui n’a, à leurs yeux, aucune légitimité et qui a de plus écrit une musique finalement assez complexe et riche. Enfin, la puissance de feu de l’orchestre va poser de gros problèmes, les micros enregistrant un instrument ET son voisin, cela donnera à l’arrivée un effet plus ou moins appuyé de saturation irréversible, ce qui provoquera un manque évident de clarté. La présence du futur ingénieur du son, Alan Parson, aux manettes ne changera rien au problème. Seule la partie chorale se déroulera dans de bonnes conditions. Le titre apparaît aujourd’hui un peu pompeux, notamment dans les parties orchestrales et dans sa longueur. A la moitié du morceau apparaît une sorte de break psychédélique aux claviers concassés et à la sonorité atonale sombrant de plus en plus dans la cacophonie pour trouver son apogée lors du passage d’un supposé train. La musique repart alors sur le thème principal, et alterne les influences pop, jazz, voire funky. En termes de composition pure, le titre est une grande réussite même s’il aurait gagné en concision. La suite est plus anecdotique. Enfin, pas tant que cela. Le titre « If » est une ballade acoustique très douce qui rappelle le titre de Waters sur Ummagumma. S’il n’est pas transcendant, il possède tout de même une douceur assez séduisante qui contraste terriblement avec l’explosion de la première face. Le titre vous berce, avec sa guitare acoustique, soutenue par l’orgue et le piano, alors que Mason se fait très discret et que Gilmour saupoudre délicatement le tout de quelques notes de guitares sous un déluge de réverbération. « Summer’ 68 », composition de Wright pêche un peu par sa mélodie trop propre sur elle, comme toujours. Le morceau débute sur un piano gentillet, et l’on se dit alors que tout cela est bien transparent. Puis le morceau prend une toute autre direction et explose littéralement, rappelant certains titres du second LP du groupe, puis les cuivres font leur entrée, avec des arrangements très mélodieux. Le titre tient alors la cadence et finit par emporter le morceau. « Fat Old Sun » est une ballade composée par Gilmour qui ne révèle pas vraiment son potentiel sur album. Débutant sur une guitare acoustique, il connaît des breaks d’une douceur exacerbée, à peine effleurés par l’orgue de Wright. Puis les solos de Gilmour se retrouvent inexplicablement étouffés par la production qui le noie littéralement sous les échos et autres effets de réverbération. Pourtant, en Live, ce titre souvent joué apparaît plus explosif, possédant un véritable potentiel mélodique et une vraie force. Récemment, Gilmour à sorti un double album live où il reprend ce titre en lui rendant un véritable hommage (proposé en extrait) avec un solo de guitare formidable, et plein de vie, ce qui semblait manquer à l’original.
“Alan's Psychedelic Breakfast- Rise and Shine-Sunny Side Up-Morning” cloture l’album de manière très étrange. A l’époque, le groupe fait encore quelques shows basés sur l’art théâtral. Il arrive aux membres du groupe de clouer des planches sur scène par exemple et ils souhaitent reprendre cette idée sur disque. L’idée de départ, c’est de faire un titre autour d’un robinet qui fuit. Et puis l’idée faisant son chemin, on en vient à construire un morceau en trois parties autour d’un anglais préparant son petit déjeuner. Au premier morceau, on craque une allumette, au second, on fait bouillir de l’eau pour le thé, on plonge des céréales dans du lait, avant l’apparition de la guitare de Gilmour, pour ce qui est la plus belle partie du titre. Les voix que l’on entend sont des roadies du groupe. Enfin, on finit par cuire des œufs pour introduire le troisième morceau, qui se terminera par la fermeture de la porte et le robinet qui fuit toujours. Si ce titre, original à plus d’un titre, est intéressant, il n’en reste pas moins qu’il n’est pas formidablement composé, et que l’on sent parfois l’exercice de style. L’obligation de meubler sur une idée singulière. Ils joueront parfois ce titre sur scène, allant jusqu’à reproduire certains sons. En effet, des roadies feront cuire des œufs sur scène et feront bouillir de l’eau, mais l’idée ne sera pas viable bien longtemps.
Ce disque est tout de même intéressant pour deux raisons. D’abord, c’est l’apparition définitive de ce que l’on appelle alors le rock progressif, que les Floyd ont aidé à créer, mais dont ils ne seront pas vraiment les représentants les plus extrêmes. Dans toute leur discographie, seuls deux titres passent le cap des 20 minutes, et un seul celui du quart d’heure, pour le reste, si certaines compositions sont relativement longues, beaucoup sont aussi relativement concises, le futur « Dark Side » par exemple ne comprend aucune composition fleuve. Ensuite, c’est le dernier disque é être mal produit. Un tournant dans leur carrière, car le prochain album verra apparaître ce que l’on nommera bientôt le « Son Pink Floyd ». Sur scène, le groupe jouera « Atom Heart mother » avec ou sans orchestre, avec plus ou moins de réussite. On notera tout de même quelques prestations splendides comme celle de la BBC et celle du festival de Montreux que l’on retrouvera plus tard sur ce site à l’occasion d’un passage en revue des meilleurs bootlegs. Lors de certains concerts, le groupe laissera l’orchestre terminer le spectacle, notamment les chœurs qui interpréteront un Ave Maria très mal perçu par les spectateurs qui ne comprenaient pas bien la démarche et qui attendaient surtout les Floyd. Bref, les Floyd pouvaient encore être considérés comme une forme d’avant-garde, ce qui n’allait bientôt plus pouvoir être le cas…
Voici une version jouée par des étudiants ingénieurs du son au Conservatoire de Paris. Ce n’est pas le Floyd, mais la version est très fidèle et bien faite. En fouillant sur ce site, vous trouverez une version (écourtée) live d’Atom Heart Mother.
PINK FLOYD ATOM HEART MOTHER
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06.05.2009
UMMAGUMMA
L'année 1969 va s'avérer être bien remplie. Après la B.O. De More, le Floyd est sollicité pour mettre en musique l'arrivée des premiers hommes sur la lune. Dans le cadre d'une des nombreuses émissions autour de l'alunissage, le Floyd compose un titre de 5 minutes qui fera son apparition sur scène sous le titre « Moonhead », que l'on retrouve dans plusieurs Bootlegs, mais qui ne marquera pas vraiment l'histoire du groupe. Le groupe travaillera également à la bande originale d’une série animée, « Rollo », réalisée par Alan Aldridge. Pour l’occasion, ils créeront une poignée d’inédits pour la réalisation de l’épisode pilote, mais le projet ne verra finalement pas le jour.
Par ailleurs, ils développent les concepts, notamment scéniques, en théâtralisant leur prestation. Ils conçoivent un show complet intitulé « The Man / The Journey » qui décrit la journée d’un anglais moyen. A vrai dire, il s’agit du concept de départ, le rendu étant nettement différent. Il s’agit en fait d’une mise en scène d’un répertoire relativement éprouvé qui comporte très peu d’inédits, mis à part quelques improvisations et quelques vignettes sonores de différents types. Cette expérience comporte des choses plus « expérimentales » qu’à l’accoutumée, on y voit par exemple l’un des membres fabriquer une table en bois, plantant des clous sur des planches. On peut y voir aussi le « Teatime », sorte de break durant le spectacle où le groupe se fait servir le thé sur scène. On retrouve donc quelques morceaux connus du groupe, le final de « A saucerful of secrets », ou « Green is the colour », mais également un titre rarement joué sur scène « Biding My time » qui ne figurera jamais sur un album, mais sur une compilation à venir, « Relics ».
Ils travaillent également quelques jours sur la musique du film « 2001, l'Odyssée de l'espace » de Kubrick. Le projet sera rapidement abandonné. Le titre de l'album, trouvé un peu par hasard, est un mot d'argot anglais typique de Cambridge qui désigne l'acte sexuel. Quand au recto de la pochette, où l’on voit le Floyd étaler son matériel, c’est Mason qui en a eu l’idée en voyant, dans une revue, la photo d’un Bombardier « Phamtom » devant lequel on avait placé de façon symétrique l’intégralité de ses équipements. Lors d’un concert à la nouvelle Orléans, durant l’année 1970, ils se feront voler une grande partie de ce matériel, pour une somme d’environ 40 000 dollars. Dépités, les membres sen rendent dans le bar le plus proche pou y déverser leur misère au fond d’un verre pensant qu’il s’agissait là de la fin du groupe (à l’époque, ils étaient très loin de rouler sur l’or), mais en entendant leur histoire, la serveuse du bar contacte son petit ami. En effet, celui-ci travaille au F.B.I . Deux jours plus tard, le matériel leur fût intégralement restitué à l'exception de deux guitares.
Devant la masse de travail, et les concerts qui s'enchaînent, David Gilmour propose au groupe un exercice récréatif. Un album où chacun composerait et jouerait une partie sans aide extérieure, ou presque. Sur le papier, l'idée peut s'avérer intéressante. Norman Smith est encore présent dans l'équipe, pour la dernière fois, mais son influence est mineure. D'ailleurs, s'il n'a jamais été un grand producteur, il était bien meilleur que les Floyd lorsqu'ils débutèrent dans la production (il n'y a qu'à réécouter More pour s'en apercevoir...). Ummagumma sortira finalement sous un format double. Un disque studio comme prévu, et un live, avec quatre des titres les plus joués du groupe. Peut-être une façon d'assurer les ventes, car dès la sortie du disque, le groupe parlait déjà d'un disque raté malgré des critiques assez positives.
Le disque Live est plutôt honnête. Les versions des titres sont intéressantes, bien que manquant de tension sur certains titres. « Astronomy Dominé » par exemple, débute sur du clavier qui amène différemment le titre, et réapparaîtra pour un break au milieu du titre, mais ce qui aurait pu être une bonne idée est en fait le moyen de faire redescendre une tension indispensable à ce chef d'oeuvre. « Careful With That Axe, Eugene » possède une histoire particulière. Ce titre connaîtra de très nombreuses versions. La première se trouve sur la face B du single 3Point me at the sky » sorti en 1968, dans une version plus calme que celle présentée ici. Elle subira une transformation pour « The Man / The Journey », apparaîtra donc sur « Ummagumma » puis sur la B.O. De « Zabriskie Point » dont nous reparlerons.
Le groupe jouera encore très longtemps ce titre qui démarre sur une improvisation de Waters basée sur deux notes de basse, puis la tension monte peu à peu pour exploser dans une débauche de guitare et de hurlements, puis la tension redescend pour exploser à nouveau. Un morceau très tendu et assez réussi qui trouve sans doute sur cet album sa meilleure version. « Set the controls for the heart of the sun » se voit prolongée de quelques minutes pendant lesquelles la tension retombe une peu lors du solo de Richard Wright puis, remonte peu à peu et alors qu'on est proche de l'explosion, le titre repart comme il est venu, lentement et devient peu à peu silencieux. Enfin, la partie Live se clotûre sur un « A saucerful of secrets » dantesque, explosif, plus rythmé, qui s'envole peu à peu vers la folie comme pour mettre un point final au premier chapitre de l’histoire du groupe, tout en proposant une ouverture sur les futures orientations du groupe. En effet, ils ajoutent au titre un côté lyrique, et peut-être discutable, qui n'est pas sans rappeler certains passages du prochain Meddle, ou de l'inévitable « Dark Side of the moon ». Bizarrement, c'est la seule trace Live officielle du groupe de l'époque de Waters. Les prises de son de ce disque eurent lieu lors de deux concerts, malheureusement, lors de la première prise de son, le matériel d'enregistrement ne fonctionna pas correctement, mais le groupe, selon ses propres dires joua très bien, alors que le second soir, le matériel fonctionna bien, mais le groupe, toujours selon les dires des membres du groupe, ne joua pas correctement. Ils parvinrent tout de même à tirer le meilleur des deux soirs en faisant pas mal de post-production, en collant différentes séquences des mêmes morceaux et en ajoutant quelques voix en Studio. A l'arrivée, malgré quelques défauts, le disque rend parfaitement compte du son Live du groupe de l'époque.
Le disque studio est lui beaucoup plus complexe à appréhender. Selon Nick Mason, « Ummagumma » montre que notre total est plus grand que la somme de nos parties ». En clair, le batteur du groupe est persuadé que les membres
pris un par un peinent à être créatifs. Il faut bien dire que l’album laisse dubitatif. Résolument expérimentale et déconstruite, la musique semble manquer de vie, de relief. « Sysyphus » qui ouvre l’exercice résonne étonnamment sombre pour Rick Wright, réputé pour être le plus doux et gentil des membres du groupe. Les coups de tambours, et l’orgue ouvrent de façon grandiloquente une improvisation au piano qui rappelle au passage que le claviériste du groupe est le meilleur musicien du groupe (en termes de connaissance) mais également le plus pointu (en termes de goûts musicaux). Il s’intéresse de près au jazz et à la musique classique. Malheureusement, ses parties de piano s’embourbe dans un bavardage un peu vain, et à l’arrivée, il ne parvient pas à convaincre son auditoire.
C’est Waters qui s’en sort le mieux, d’abord avec la ballade « Grantchester Meadows » pleine de délicatesse qui relate sa petite enfance, à priori heureuse, sur fond de bruits de la nature. Les oiseaux piaffent, la rivière coule, et Waters apparaît serein, ce qui peut paraître très étonnant. Le morceau se clôture sur le bourdonnement d’une guêpe qui va finir écrasé impitoyablement. Ensuite, il affirme son amitié naissante avec Geesin sur “Several Species of Small Furry Animals Gathered Together in a Cave…”, où Waters prolonge les bruits de la nature, puis fait entrer peu à peu une série de vocalises étranges, sur plusieurs couches, mises en rythmes, mélangées à des bruitages électroniques, se terminant dans un déchaînement frénétique. Dans le genre, ces deux titres sont indéniablement la plus grande réussite du disque.
Le second à s’en sortir honorablement, c’est Gilmour. La première partie de « Narrow Way » est très belle. Une ballade acoustique instrumentale épurée qui sert de plateau pour servir des expérimentations sonores sur une guitare électrique noyé sous une chambre d’écho. Puis la seconde partie casse le rythme, se fait électrique et sombre, rappelant étrangement l’introduction de Rick Wright. Malheureusement, la production médiocre de ce titre plombe l’ensemble qui du coup est un peu pénible à écouter. Le riff de guitare, joué en boucle manque d’une véritable accroche et construit un pont pour relier les trois parties qui parait bien fragile. La troisième partie est la seule partie chantée de David Gilmour et rappelle des titres comme « Green is the colour » et « Cymbaline » dans une atmosphère plus sombre.
Là encore, la production médiocre a tendance à gâcher un morceau qui avait pourtant un potentiel plus intéressant qu’il n’y paraît. Ce morceau fût l’occasion des premières tensions dans la relation Gilmour / Waters, qui en connaîtra bien d’autres. En effet, Gilmour qui a toujours eu des difficultés à écrire les textes de ses chansons demande à Waters de lui écrire un petit quelque chose. Il aura pour seule réponse un « Non » ferme et catégorique. Les membres du groupe ont toujours été de bons collègues, mais jamais de vrais amis.
Nick Mason n’est sans doute pas le plus influent du groupe d’un point de vue musical, mais c’est sans doute le plus drôle. Le projet de faire son truc chacun dans son coin ne lui convient guère. Il est batteur et à part un solo de percussions en tout genre, il n’a pas grand-chose à proposer. Alors, comme pour protester, il introduit sa partie avec le la flûte traversière…jouée par sa femme de l’époque, Lindy. S’ensuit alors un solo de plusieurs percussions, sans véritable construction, avec différentes expérimentations sonores, mais l’ensemble être fait sans passion, et c’est parfois un peu trop flagrant. Pour un batteur, son morceau est étonnamment silencieux. Prolongeant les passages silencieux comme pour rappeler qu’il n’a pas grand-chose à dire, il a attend patiemment la troisième partie de son « The Grand Vizier's Garden Party », à nouveau interprétée à la flûte par sa femme.
A l’arrivée, le disque souffre d’une production vraiment exécrable, et d’un manque évident d’inspiration de certains membres. Il traîne alors un peu en longueur et multiplie les moments creux même s’il contient également son lot de pépites. Peu importe, le meilleur reste à venir.
10:58 Publié dans Les albums des Pink Floyd | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : pink floyd, ummagumma