19.05.2009
ATOM HEART MOTHER (1970)
Mais que pouvait bien avoir en tête Lulubelle III lorsqu’elle a vu un olibrius venir la déranger entre deux bouses et trois mastications pour la prendre en photo ? Pis encore, qu’a-t-elle bien pu penser lorsqu’elle a vu sa trogne trôner en tête de gondole des disquaires du coin ? L’histoire ne le dira jamais. L’histoire, voilà ce qui est important. L’histoire. Remettre les choses dans leur contexte. 38 ans après, comment peut-on percevoir « Atom Heart Mother » ? Nous y reviendrons plus tard, mais il faut tout de même se rendre compte qu’à l’époque, le groupe, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, cherchait. Tâtonnait parfois, mais cherchait. Une autre façon de faire, de voir les choses. Dans le monde de la pop, le format est longtemps resté cantonné aux trois minutes encadrées du couplet / refrain. Les Floyd, et d’autres, ont contribué à faire exploser ce cadre mais si on se penche un peu sur leur discographie, les titres très longs des Floyd ne sont pas si nombreux, contrairement à des groupes comme Yes qui en avaient fait une véritable marque de fabrique.

Les Floyd sont en tournée en permanence en ce début des années 70, avec une notoriété grandissante. Lorsqu’ils entrent en studio, ils n’ont que quelques bribes de musique qu’ils collent plus ou moins bout à bout. Fait de plusieurs séquences, ce morceau appelé jusque là «The Amazing Pudding» comprend notamment un duo basse batterie d’une dizaine de minutes. Bref, rien de bien défini. Par ailleurs, il faut savoir qu’à part Rick Wright qui a de petites notions, aucun des musiciens ne lit la musique. Malgré tout, ils ont dans l’idée de travailler avec un orchestre. Ils parviennent à mettre en forme un titre d’une vingtaine de minutes (l’histoire ne dit pas si la chose était préméditée ou s’il y a eu un effet « boule de neige ») qui, à ce stade, ne comprend pas encore d’orchestre. A cette époque, Roger Waters travaille sur la Bande Originale d’un documentaire expérimental, « The Body », avec un certain Ron Geesin, spécialisé dans les travaux électroniques, mais également arrangeur et compositeur. Celui-ci a d’ailleurs travaillé avec le père de Nick Mason sur la bande son d’un documentaire consacré aux voitures de collection. Le groupe fait appel à lui pour l’épauler dans la conception de ce qui va devenir le morceau « Atom Heart Mother ». Ce titre étrange fût trouvé lors d’une « Peel Sessions » où le célèbre John Peel, grand fan du groupe, feuilletait son canard. Le groupe, à la recherche d’un titre, cherche dans le journal et tombe par hasard sur le titre d’un article « Atomic Heart Mother », et décide donc d’appeler leur nouveau titre, et nouvel album «Atom Heart Mother ». Les différentes parties de ce titre en découleront avec plus ou moins bon goût. L’atmosphère au sein du groupe est relativement détendue, bien que des tensions ponctuelles apparaissent régulièrement. Il s’agit alors de petits pics parfois dignes d’une cour d’école qui n’ont pour le moment rien à voir avec les futures guerres de pouvoir. L’enregistrement du titre phare va s’avérer compliqué. En effet, à l’époque, les techniques n’étaient pas aussi développées que de nos jours. Waters et Mason durent enregistrer leurs parties en une seule prise, sans autre forme d’accompagnement, rendant la chose très compliquée. Gilmour, qui amena le thème principal de ce titre est lui, finalement peu présent sur ce morceau. Certes, il effectue de longs solos, mais n’est pas présent tout le long du titre contrairement aux trois autres. Le plus compliqué reste malgré tout à faire. En effet, il est tant d’enregistrer l’orchestre, et les musiciens vont se montrer particulièrement réticents, notamment sur le fait d’être dirigés par Geesin, qui n’a, à leurs yeux, aucune légitimité et qui a de plus écrit une musique finalement assez complexe et riche. Enfin, la puissance de feu de l’orchestre va poser de gros problèmes, les micros enregistrant un instrument ET son voisin, cela donnera à l’arrivée un effet plus ou moins appuyé de saturation irréversible, ce qui provoquera un manque évident de clarté. La présence du futur ingénieur du son, Alan Parson, aux manettes ne changera rien au problème. Seule la partie chorale se déroulera dans de bonnes conditions. Le titre apparaît aujourd’hui un peu pompeux, notamment dans les parties orchestrales et dans sa longueur. A la moitié du morceau apparaît une sorte de break psychédélique aux claviers concassés et à la sonorité atonale sombrant de plus en plus dans la cacophonie pour trouver son apogée lors du passage d’un supposé train. La musique repart alors sur le thème principal, et alterne les influences pop, jazz, voire funky. En termes de composition pure, le titre est une grande réussite même s’il aurait gagné en concision. La suite est plus anecdotique. Enfin, pas tant que cela. Le titre « If » est une ballade acoustique très douce qui rappelle le titre de Waters sur Ummagumma. S’il n’est pas transcendant, il possède tout de même une douceur assez séduisante qui contraste terriblement avec l’explosion de la première face. Le titre vous berce, avec sa guitare acoustique, soutenue par l’orgue et le piano, alors que Mason se fait très discret et que Gilmour saupoudre délicatement le tout de quelques notes de guitares sous un déluge de réverbération. « Summer’ 68 », composition de Wright pêche un peu par sa mélodie trop propre sur elle, comme toujours. Le morceau débute sur un piano gentillet, et l’on se dit alors que tout cela est bien transparent. Puis le morceau prend une toute autre direction et explose littéralement, rappelant certains titres du second LP du groupe, puis les cuivres font leur entrée, avec des arrangements très mélodieux. Le titre tient alors la cadence et finit par emporter le morceau. « Fat Old Sun » est une ballade composée par Gilmour qui ne révèle pas vraiment son potentiel sur album. Débutant sur une guitare acoustique, il connaît des breaks d’une douceur exacerbée, à peine effleurés par l’orgue de Wright. Puis les solos de Gilmour se retrouvent inexplicablement étouffés par la production qui le noie littéralement sous les échos et autres effets de réverbération. Pourtant, en Live, ce titre souvent joué apparaît plus explosif, possédant un véritable potentiel mélodique et une vraie force. Récemment, Gilmour à sorti un double album live où il reprend ce titre en lui rendant un véritable hommage (proposé en extrait) avec un solo de guitare formidable, et plein de vie, ce qui semblait manquer à l’original.
“Alan's Psychedelic Breakfast- Rise and Shine-Sunny Side Up-Morning” cloture l’album de manière très étrange. A l’époque, le groupe fait encore quelques shows basés sur l’art théâtral. Il arrive aux membres du groupe de clouer des planches sur scène par exemple et ils souhaitent reprendre cette idée sur disque. L’idée de départ, c’est de faire un titre autour d’un robinet qui fuit. Et puis l’idée faisant son chemin, on en vient à construire un morceau en trois parties autour d’un anglais préparant son petit déjeuner. Au premier morceau, on craque une allumette, au second, on fait bouillir de l’eau pour le thé, on plonge des céréales dans du lait, avant l’apparition de la guitare de Gilmour, pour ce qui est la plus belle partie du titre. Les voix que l’on entend sont des roadies du groupe. Enfin, on finit par cuire des œufs pour introduire le troisième morceau, qui se terminera par la fermeture de la porte et le robinet qui fuit toujours. Si ce titre, original à plus d’un titre, est intéressant, il n’en reste pas moins qu’il n’est pas formidablement composé, et que l’on sent parfois l’exercice de style. L’obligation de meubler sur une idée singulière. Ils joueront parfois ce titre sur scène, allant jusqu’à reproduire certains sons. En effet, des roadies feront cuire des œufs sur scène et feront bouillir de l’eau, mais l’idée ne sera pas viable bien longtemps.
Ce disque est tout de même intéressant pour deux raisons. D’abord, c’est l’apparition définitive de ce que l’on appelle alors le rock progressif, que les Floyd ont aidé à créer, mais dont ils ne seront pas vraiment les représentants les plus extrêmes. Dans toute leur discographie, seuls deux titres passent le cap des 20 minutes, et un seul celui du quart d’heure, pour le reste, si certaines compositions sont relativement longues, beaucoup sont aussi relativement concises, le futur « Dark Side » par exemple ne comprend aucune composition fleuve. Ensuite, c’est le dernier disque é être mal produit. Un tournant dans leur carrière, car le prochain album verra apparaître ce que l’on nommera bientôt le « Son Pink Floyd ». Sur scène, le groupe jouera « Atom Heart mother » avec ou sans orchestre, avec plus ou moins de réussite. On notera tout de même quelques prestations splendides comme celle de la BBC et celle du festival de Montreux que l’on retrouvera plus tard sur ce site à l’occasion d’un passage en revue des meilleurs bootlegs. Lors de certains concerts, le groupe laissera l’orchestre terminer le spectacle, notamment les chœurs qui interpréteront un Ave Maria très mal perçu par les spectateurs qui ne comprenaient pas bien la démarche et qui attendaient surtout les Floyd. Bref, les Floyd pouvaient encore être considérés comme une forme d’avant-garde, ce qui n’allait bientôt plus pouvoir être le cas…
Voici une version jouée par des étudiants ingénieurs du son au Conservatoire de Paris. Ce n’est pas le Floyd, mais la version est très fidèle et bien faite. En fouillant sur ce site, vous trouverez une version (écourtée) live d’Atom Heart Mother.
PINK FLOYD ATOM HEART MOTHER
envoyé par allainraphael. - Regardez plus de courts métrages.
14:12 Publié dans Les albums des Pink Floyd | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pink floyd, atom heart mother
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