06.05.2009

UMMAGUMMA

L'année 1969 va s'avérer être bien remplie. Après la B.O. De More, le Floyd est sollicité pour mettre en musique l'arrivée des premiers hommes sur la lune. Dans le cadre d'une des nombreuses émissions autour de l'alunissage, le Floyd compose un titre de 5 minutes qui fera son apparition sur scène sous le titre « Moonhead », que l'on retrouve dans plusieurs Bootlegs, mais qui ne marquera pas vraiment l'histoire du groupe. Le groupe travaillera également à la bande originale d’une série animée, « Rollo », réalisée par Alan Aldridge. Pour l’occasion, ils créeront une poignée d’inédits pour la réalisation de l’épisode pilote, mais le projet ne verra finalement pas le jour.

Par ailleurs, ils développent les concepts, notamment scéniques, en théâtralisant leur prestation. Ils conçoivent un show complet intitulé « The Man / The Journey » qui décrit la journée d’un anglais moyen. A vrai dire, il s’agit du concept de départ, le rendu étant nettement différent. Il s’agit en fait d’une mise en scène d’un répertoire relativement éprouvé qui comporte très peu d’inédits, mis à part quelques improvisations et quelques vignettes sonores de différents types. Cette expérience comporte des choses plus « expérimentales » qu’à l’accoutumée, on y voit par exemple l’un des membres fabriquer une table en bois, plantant des clous sur des planches. On peut y voir aussi le « Teatime », sorte de break durant le spectacle où le groupe se fait servir le thé sur scène. On retrouve donc quelques morceaux connus du groupe, le final de « A saucerful of secrets », ou « Green is the colour », mais également un titre rarement joué sur scène « Biding My time » qui ne figurera jamais sur un album, mais sur une compilation à venir, « Relics ».

Ils travaillent également quelques jours sur la musique du film « 2001, l'Odyssée de l'espace » de Kubrick. Le projet sera rapidement abandonné. Le titre de l'album, trouvé un peu par hasard, est un mot d'argot anglais typique de Cambridge qui désigne l'acte sexuel. Quand au recto de la pochette, où l’on voit le Floyd étaler son matériel, c’est Mason qui en a eu l’idée en voyant, dans une revue, la photo d’un Bombardier « Phamtom » devant lequel on avait placé de façon symétrique l’intégralité de ses équipements. Lors d’un concert à la nouvelle Orléans, durant l’année 1970, ils se feront voler une grande partie de ce matériel, pour une somme d’environ 40 000 dollars. Dépités, les membres sen rendent dans le bar le plus proche pou y déverser leur misère au fond d’un verre pensant qu’il s’agissait là de la fin du groupe (à l’époque, ils étaient très loin de rouler sur l’or), mais en entendant leur histoire, la serveuse du bar contacte son petit ami. En effet, celui-ci travaille au F.B.I . Deux jours plus tard, le matériel leur fût intégralement restitué à l'exception de deux guitares.

Devant la masse de travail, et les concerts qui s'enchaînent, David Gilmour propose au groupe un exercice récréatif. Un album où chacun composerait et jouerait une partie sans aide extérieure, ou presque. Sur le papier, l'idée peut s'avérer intéressante. Norman Smith est encore présent dans l'équipe, pour la dernière fois, mais son influence est mineure. D'ailleurs, s'il n'a jamais été un grand producteur, il était bien meilleur que les Floyd lorsqu'ils débutèrent dans la production (il n'y a qu'à réécouter More pour s'en apercevoir...). Ummagumma sortira finalement sous un format double. Un disque studio comme prévu, et un live, avec quatre des titres les plus joués du groupe. Peut-être une façon d'assurer les ventes, car dès la sortie du disque, le groupe parlait déjà d'un disque raté malgré des critiques assez positives.

Le disque Live est plutôt honnête. Les versions des titres sont intéressantes, bien que manquant de tension sur certains titres. « Astronomy Dominé » par exemple, débute sur du clavier qui amène différemment le titre, et réapparaîtra pour un break au milieu du titre, mais ce qui aurait pu être une bonne idée est en fait le moyen de faire redescendre une tension indispensable à ce chef d'oeuvre. « Careful With That Axe, Eugene » possède une histoire particulière. Ce titre connaîtra de très nombreuses versions. La première se trouve sur la face B du single 3Point me at the sky » sorti en 1968, dans une version plus calme que celle présentée ici. Elle subira une transformation pour « The Man / The Journey », apparaîtra donc sur « Ummagumma » puis sur la B.O. De « Zabriskie Point » dont nous reparlerons. 208975524_o.jpgLe groupe jouera encore très longtemps ce titre qui démarre sur une improvisation de Waters basée sur deux notes de basse, puis la tension monte peu à peu pour exploser dans une débauche de guitare et de hurlements, puis la tension redescend pour exploser à nouveau. Un morceau très tendu et assez réussi qui trouve sans doute sur cet album sa meilleure version. « Set the controls for the heart of the sun » se voit prolongée de quelques minutes pendant lesquelles la tension retombe une peu lors du solo de Richard Wright puis, remonte peu à peu et alors qu'on est proche de l'explosion, le titre repart comme il est venu, lentement et devient peu à peu silencieux. Enfin, la partie Live se clotûre sur un « A saucerful of secrets » dantesque, explosif, plus rythmé, qui s'envole peu à peu vers la folie comme pour mettre un point final au premier chapitre de l’histoire du groupe, tout en proposant une ouverture sur les futures orientations du groupe. En effet, ils ajoutent au titre un côté lyrique, et peut-être discutable, qui n'est pas sans rappeler certains passages du prochain Meddle, ou de l'inévitable « Dark Side of the moon ». Bizarrement, c'est la seule trace Live officielle du groupe de l'époque de Waters. Les prises de son de ce disque eurent lieu lors de deux concerts, malheureusement, lors de la première prise de son, le matériel d'enregistrement ne fonctionna pas correctement, mais le groupe, selon ses propres dires joua très bien, alors que le second soir, le matériel fonctionna bien, mais le groupe, toujours selon les dires des membres du groupe, ne joua pas correctement. Ils parvinrent tout de même à tirer le meilleur des deux soirs en faisant pas mal de post-production, en collant différentes séquences des mêmes morceaux et en ajoutant quelques voix en Studio. A l'arrivée, malgré quelques défauts, le disque rend parfaitement compte du son Live du groupe de l'époque.

Le disque studio est lui beaucoup plus complexe à appréhender. Selon Nick Mason, « Ummagumma » montre que notre total est plus grand que la somme de nos parties ». En clair, le batteur du groupe est persuadé que les membres pink_floyd_-_ummagumma_live.jpgpris un par un peinent à être créatifs. Il faut bien dire que l’album laisse dubitatif. Résolument expérimentale et déconstruite, la musique semble manquer de vie, de relief. « Sysyphus » qui ouvre l’exercice résonne étonnamment sombre pour Rick Wright, réputé pour être le plus doux et gentil des membres du groupe. Les coups de tambours, et l’orgue ouvrent de façon grandiloquente une improvisation au piano qui rappelle au passage que le claviériste du groupe est le meilleur musicien du groupe (en termes de connaissance) mais également le plus pointu (en termes de goûts musicaux). Il s’intéresse de près au jazz et à la musique classique. Malheureusement, ses parties de piano s’embourbe dans un bavardage un peu vain, et à l’arrivée, il ne parvient pas à convaincre son auditoire.

C’est Waters qui s’en sort le mieux, d’abord avec la ballade « Grantchester Meadows » pleine de délicatesse qui relate sa petite enfance, à priori heureuse, sur fond de bruits de la nature. Les oiseaux piaffent, la rivière coule, et Waters apparaît serein, ce qui peut paraître très étonnant. Le morceau se clôture sur le bourdonnement d’une guêpe qui va finir écrasé impitoyablement. Ensuite, il affirme son amitié naissante avec Geesin sur “Several Species of Small Furry Animals Gathered Together in a Cave…”, où Waters prolonge les bruits de la nature, puis fait entrer peu à peu une série de vocalises étranges, sur plusieurs couches, mises en rythmes, mélangées à des bruitages électroniques, se terminant dans un déchaînement frénétique. Dans le genre, ces deux titres sont indéniablement la plus grande réussite du disque.

Le second à s’en sortir honorablement, c’est Gilmour. La première partie de « Narrow Way » est très belle. Une ballade acoustique instrumentale épurée qui sert de plateau pour servir des expérimentations sonores sur une guitare électrique noyé sous une chambre d’écho. Puis la seconde partie casse le rythme, se fait électrique et sombre, rappelant étrangement l’introduction de Rick Wright. Malheureusement, la production médiocre de ce titre plombe l’ensemble qui du coup est un peu pénible à écouter. Le riff de guitare, joué en boucle manque d’une véritable accroche et construit un pont pour relier les trois parties qui parait bien fragile. La troisième partie est la seule partie chantée de David Gilmour et rappelle des titres comme « Green is the colour » et « Cymbaline » dans une atmosphère plus sombre. Pink+Floyd+ummagumma.jpgLà encore, la production médiocre a tendance à gâcher un morceau qui avait pourtant un potentiel plus intéressant qu’il n’y paraît. Ce morceau fût l’occasion des premières tensions dans la relation Gilmour / Waters, qui en connaîtra bien d’autres. En effet, Gilmour qui a toujours eu des difficultés à écrire les textes de ses chansons demande à Waters de lui écrire un petit quelque chose. Il aura pour seule réponse un « Non » ferme et catégorique. Les membres du groupe ont toujours été de bons collègues, mais jamais de vrais amis.

Nick Mason n’est sans doute pas le plus influent du groupe d’un point de vue musical, mais c’est sans doute le plus drôle. Le projet de faire son truc chacun dans son coin ne lui convient guère. Il est batteur et à part un solo de percussions en tout genre, il n’a pas grand-chose à proposer. Alors, comme pour protester, il introduit sa partie avec le la flûte traversière…jouée par sa femme de l’époque, Lindy. S’ensuit alors un solo de plusieurs percussions, sans véritable construction, avec différentes expérimentations sonores, mais l’ensemble être fait sans passion, et c’est parfois un peu trop flagrant. Pour un batteur, son morceau est étonnamment silencieux. Prolongeant les passages silencieux comme pour rappeler qu’il n’a pas grand-chose à dire, il a attend patiemment la troisième partie de son « The Grand Vizier's Garden Party », à nouveau interprétée à la flûte par sa femme.

A l’arrivée, le disque souffre d’une production vraiment exécrable, et d’un manque évident d’inspiration de certains membres. Il traîne alors un peu en longueur et multiplie les moments creux même s’il contient également son lot de pépites. Peu importe, le meilleur reste à venir.

Commentaires

Le problème de ce disque, outre le fait de sa production exécrable, est le fait que les chansons de la partie live ont été prises trop tôt. En effet, je trouve que le meilleur développement des chansons présentées sont plus aux alentours de 1971. On pourra noter par exemple des Set The Controls et des Careful d'un quart d'heure, très bien orchestrés et pleins de vie. On peut en voir des parties (raccourcies par force malheureusement) sur le live de Pompeii. A noter qu'Interstellar Overdrive aurait du paraître aussi, mais faute de place à a été rejeté. Pourtant d'après les dires de la majorité du groupe, ce fut probablement le meilleur Interstellar jamais enregistré. La bande a été envoyé à un collègue qui l'a mystérieusement perdu.
Quant à la partie studio, certes la qualité fait partie des ratés de cet album, mais il n'est pas sans charme. Wright a choisi un thème pompéien (bizarrement tiens :D), en intro et en fin, puis le milieu semble raconter une histoire instrumental, plus qu'une simple chanson d'impros au piano et pour combler sa partie du projet. Peut-être était-ce trop prétentieux, mais n'oublions pas qu'il y avait un thème et une histoire. Waters est sûrement celui qui tire son épingle du jeu, avec un Grantchester Meadows qui sera joué jusque fin 70 (notamment à Saint Tropez). Gilmour développe ici son jeu et montre qu'il est capable de bonnes choses, et apte à remplacer définitivement Syd. Mason reste tel qu'il est, il dira par ailleurs qu'il n'a jamais été bon compositeur, et peu créatif seul. On le préférera alors dans des chansons collectives en développant son jeu fluide et précis. On notera qu'il peinera à faire presque 9 minutes, alors que les autres membres réaliseront presque 13 minutes chacun répartis sur 2 ou 3 pistes.
L'album reste sans doute le plus difficile d'accès par le plus grand nombre d'auditeurs, et souvent personne n'arrivera à écouter tout en entier jusqu'à la fin. Personnellement, je pense que c'est un des derniers chef d'oeuvre de l'expérimentation chez Pink Floyd, qui n'est ;malgré la production et les compositions parfois houleuses; pas un raté pour autant, je le citerai dans les meilleurs albums tout de même, car il montre que les concepts simples des Floyds pouvaient faire ressortir des choses que l'on ne pouvait penser de chaque membre (je pense en particulier pour Waters, Wright et Gilmour; Mason réalisant ses collages sur la démonstration des ingénieurs du son).
Cependant, j'ai adoré ta chronique, et mine de rien, si j'écris autant c'est que tu m'inspire pour y écrire mon ressenti, continue comme ça mec, j'te lirai jusqu'au bout ;)

Ecrit par : Rust Never Sleeps | 06.05.2009

Merci beaucoup.

Ecrit par : esther | 06.05.2009

Un morceau très tendu et assez réussi qui trouve sans doute sur cet album sa meilleure version

absolument d'accord,bien superieure que la version studio et celle de pompei paer ex

Ecrit par : pascal | 13.05.2009

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