30.04.2009
MORE
Après la sortie d'un dernier single, « Point me at the sky », et la participation à la B.O. De « The committee » le temps de deux morceaux faits de divers collages et bruitages, le Floyd s'attela, durant Noël 68, à l'enregistrement de la Bande Originale de « More ». C'est Barbet Schroeder, réalisateur du film qui viendra les chercher. Le film conte le voyage au travers de drogues d'un étudiant à Ibiza. Sans être un chef do'euvre le film rend compte d'une époque, et est, dans ce sens, assez réussi. Ils enregistrèrent l'album en huit jours, en chronométrant les séquences qui devaient être mises en musique car il n'y avait pas de studio de synchronisation. Schroeder se montra particulièrement ouvert, et ne souhaitait pas particulièrement avoir une musique qui resterait dans les esprits mais qui collerait à l'ambiance du film, ce qui, de ce point de vue, est parfaitement réussi. Hipgnosis signe, pour la seconde fois, la pochette du groupe, ce qui sera désormais le cas tout au long de leur carrière. Waters signe une grande partie des titres, alors que les autres morceaux sont principalement des efforts collectifs. Ce disque un peu à part dans la discographie du groupe apparaît presque buccolique. Ponctué de quelques ballades folk, mais aussi de morceaux résolument rock, ce qui est, dans les deux cas, totalement nouveau pour le groupe, « More » fait parti des albums sous estimés du groupe mais il comprend pourtant quelques belles compositions. Certains titres deviendront des classiques joués en live dans des version allongées, notamment le très beau « Cymbaline », souvent remodelé en concert pour obtenir une tonalité nettement plus blues. A noter que les versions présentes dans le film différent des titres présents sur le disque.
L'album s'ouvre sur des oiseaux chantant, ce qui place tout de suite l'ambiance du disque. Décontracté, intime et reposé. Alors que le sujet du film tourne avant tout autour de la drogue, ici, point de musique psychédélique ou presque. « Cirrus Minor » commence donc, après le chant des oiseaux sur une ballade folk évaporée, à la mélodie très basse, qui semble descendre en permanence, puis l'orgue de Wright épaissit le titre et lui donne un ton presque religieux Il n'y a pas, comme souvent dans les Bandes Originales, de thèmes récurrents, mais le disque est plutôt constitué de vignettes étroitement liées aux séquences qui leur ont donné naissance. Il y a dans ce disque presque autant de réussites que de ratages. « The nile song » démarre en trombe, toutes guitares dehors. Le Floyd se la joue heavy, mais bien vite, ils se prennent les pieds dans les jacks des guitares. La mélodie, totalement insipide, et les arrangements trop « bourrins » pour convaincre plombent le morceau dès son introduction, et rien n'y fera. Le titre ressemble à une tetative un peu vaine de faire du rock puissant, mais le Floyd est avant tou influencé par le blues, ce qui continue de s'entendre et la sauce ne prend pas. Le titre revient sur « Cying song », toujours composé par Waters, mais chanté par Gilmour, comme la majeur partie des titres de l'album. Là encore, le titre peine à convaincre même s'il possède un calme salvateur après le raffût inutile du titre précédent. Malgré tout, la mélodie qui tourne trop vite en boucle, et son côté linéaire, font de ce titre l'un des moins passionnants du disque.

Le solo final de Gilmour, étrangement court et transparent ne change rien à l'affaire. « Up the khyber », improvisation de Mason et Wright, apparaît comme une version nerveuse et concise de « A saurceful... ». Duo piano – orgue / batterie, le morceau tourne vite à vide et, sorti du contexte du film, n'apporte strictement rien au disque.Waters n'a pas encore sciemment décidé de prendre le contrôle du groupe, mais il reste le principal compositeur, et il faut bien dire que souvent, il se montre le plus doué des quatre. « Green is the colour » est d'ailleurs là pour le démontrer. Ballade folk de toute beauté, buccolique et reposée, chantée par un Gilmour tout en finesse, ce titre va devenir un classique du groupe en concert qui l'étalera sur près d'un quart d'heure. Quelques notes de flûte égrenées au loin, puis c'est le piano de Rick Wright qui intervient.Un petit moment de grâce précieuse comme un ruisseau. « Cymbaline » suit le même mouvement mais dans un angle plus pop, avec un refrain plus entêtant, mais aussi une fin qui reprend la trame générale de l'album avec un long solo de Rick Wright qui finit par envahir totalement le morceau. Celui-ci aussi sera un titre joué très souvent en Live. Deux morceaux complémentaires composés par Roger Waters qui prouve ici qu'il est, à ce moment là, le meilleur compositeur du groupe. « Party Séquence », composition collective, n'apporte strictement rien au disque, sorti de son contexte cinématographique. D'ailleurs, on peut se demander en quoi c'est une composition collective, puisqu'il y a une sorte de solo de percussion hystérique, avec une flûte sans structure ni mélodie qui semble jouer dans son coin sans se soucier du reste. « Main theme » débute comme une version allégée de « Saucerful » mais lorsque la batterie entame une rythmique métronomique, on se retrouve au milieu d'une sorte de jazz mutant, noyé de psychédélisme? Le morceau semble être une improvisation fermée qui ne va vraiment nulle part. Il s'en va comme il est arrivé sans rien avoir donné. « Ibiza Bar » reprend la structure de « The Nile Song », avec ces guitares affolées qui claquent dès le début du morceau. Gilmour, qui tient la quasi totalité des voix sur ce disque, s'égosille du mieux qu'il peut, mais peine encore une fois à convaincre. Le titre se veut une fois de plus « heavy », mais le break harmonisé ralentit la cadence et la sauce ne prend pas, bien qu'il soit largement plus réussi que le précédent. « More blues », comme son nom l'indique est un blues basique, sans grand intérêt, et noyé sous une chambre d'écho envahissante. Gilmour joue un solo sans grande inventivité ni émotion. Il s'arrête net, un peu comme si le groupe s'était rendu compte, lors de l'enregistrement, de l'inutilité de ce morceau. « Quicksilver » est sans doute le morceau le plus représentatif du Floyd de l'époque. Construit encore une fois sur la même base que « Saucerful », il reste sur cette atmosphère, faisant tinter les cymables, les gongs, laissant s'étaler les orgues, sans pour autant plonger dans l'hystérie. Ce qui empêche d'ailleurs le morceau de vraiment décoler. Sept minutes un peu longues, qui perdent une fois de plus à exister sans les images. « A spanish theme » est une vignette qui sonne, comme son nom l'indique, trés espagnol. Une composition de Gilmourqui est malheureusement trop courte pour laisser espérer une ambiance nouvelle. Enfin, le dernier titre, lui aussi trop ancré dans le film pour exister seul, reprend l'idée du « Main Theme », il en partage même une partie du titre. « Dramatic theme » clotûre l'album sans briller. Là encore, pas de thème mémorable, et un morceau beaucoup trop court pour accrocher.
Au final, deux morceaux se détachent d'un disque en demi teinte. Les deux sublimes ballades folk évitent au disque d'être un naufrage qui aurait du rester collé aux images du disque. Par ailleurs, il s'agit du premier disque produit par le disque lui-même, et de ce point de vue, on ne peut pas dire non plus qu'il s'agisse d'une réussite. Les instruments ne se détachent pas et vous arrivent en un seul bloc avec une sorte de distance qui rend le disque très austère. Il ne rencontrera pas un succès mémorable, mais le Floydd commence tout de même lentement à se faire un nom auprès du grand public. Il quitte peu à peu l'underground en faisant évoluer sa musique et poser les premières pierres de ce que le monde musical va bientôt nommer le « rock progressif ».
Des version live rares et intéressantes à plus d'un titre, notamment sur "Cymbaline" car l'on voit Rick Wright manipuler le fameux "Azimuth Co-Ordinator", créé par Bernard Speight, ingénieur à Abbey Road, qui permettait de diffuser la musique de façon à lui faire faire une rotation à 360 ° selon les besoins.

22:17 Publié dans Les albums des Pink Floyd | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Commentaires
C'est incroyable, ce que j'ai pu aimer, et aime toujours MORE et les Pink Floyd dans l'ensemble de leurs oeuvres...
Ecrit par : jack NYC | 30.04.2009
Je tente de rester objectif tout le long de mes écrits, car moi aussi, j'aime beaucoup ce disque...
Ecrit par : esther | 30.04.2009
Tu as mis le doigt sur quelque chose qui me tracasse beaucoup surtout sur ce disque: le son éloigné qui d'après tes propos le rend austère. C'est justement ça qui est un fardeau assez conséquent dans ce disque, et comme dans tous les disques avant Meddle (on en avait déjà un peu parlé). Personnellement, le disque est assez monotone pour ma part, même si il est vrai que Cymbaline et Green Is The Colour sont des compositions majeures, et ce n'est pas pour rien qu'elles seront jouées en live jusqu'en 1971. Il faut dire qu'à l'époque, le Floyd a du mal à trouver sa voie après l'éviction décorée de Barrett. Point Me At The Sky que tu cites reprends les mêmes accords que Lucy In The Sky des Beatles, sans compter le refrain de la même structure, et reprenant le "SKy". Quoi qu'il en soit, ce disque sent la recherche de l'identité du groupe. Dans cette recherche, il y a des pas douteux, comme il peut y avoir de bonnes pistes. Le groupe retentera (pour la dernière fois) une BO, et celle-là sera nettement plus réussie. J'pense que tu en parleras plus tard, j'vais pas m'étaler dessus ;)
Ecrit par : Rust Never Sleeps | 01.05.2009
Ils vont tenter la B.O. a trois reprises encore... Une ne sortira jamais, et une autre sera partagé, la dernière étant Obscured By Clouds...)
Ecrit par : esther | 01.05.2009
Evidemment, je parlais de la BO entière éditée, Obscured By Clouds. Les travaux pour Zabriskie Point sont assez creuses pour la plupart, mais le style commence à se préciser. Quant à la troisième, il faudrait que tu me dises laquelle c'est, je crois que j'ai un trou de mémoire, ou alors j'en ai jamais vu une allusion. ;)
Ecrit par : Rust Never Sleeps | 05.05.2009
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