04.11.2009

ANIMALS (1977)

Notoirement connu pour posséder un solide sens de l’humour, le joyeux drille Waters a depuis longtemps pris les commandes du groupe. Insidieusement pour débuter, depuis Dark Side Of The Moon, et maintenant ouvertement. Installés dans leurs nouveaux studios, à Britannia Row, situés dans une ancienne église désaffectée et dont les peintures de rénovation sont encore fraîches, les membres du groupe s’ennuient, s’épient, se méfient. L’endroit est austère. Froid. A l’image de l’album à venir.

La plupart des chansons qui composent ce disque ont fait, par le passé, l’objet de discordes, notamment entre Gilmour et Waters. En effet, certaines d’entre elles, « Raving and Drooling » et « Gotta be crazy » auraient du figurer sur l’album précédent, faisant déjà parties du répertoire live du groupe, mais Waters en avait décidé autrement. Cette emprise de plus en plus flagrante commence à agacer les autres membres du groupe, et principalement Gilmour qui souhaite proposer ses propres compositions. En effet, Mason ne composant pas, et Wright ne proposant rien à l’époque, empêtré dans un divorce couteux et dans des gros problèmes liés à son addiction à la cocaïne, le duo Gilmour / Waters se battait bec et ongle pour exister au sein de la formation. 113898412.jpgLa couleur rose n’a jamais été aussi présente dans ce disque, le titre « Pigs », la pochette, avec ce cochon, et une édition du vinyle, en rose, renforceront cette teinte, et pourtant, il s’agit probablement d’un des disques les plus sombres du Pink Floyd. Le thème du disque est plutôt vaste, puisqu’on y croise des moutons conduits à l’abattoir, des cochons, des chiens, et tout ce beau monde est mis en parallèle avec la nouvelle société Thatcherienne, ou avec les idées ultra conservatrices de la protectrice de la morale bien pensante de l’époque, Mary Withehouse. N’oublions pas que nous sommes dans la période 76 / 77, soit l’explosion de l’ère Punk qui crache, outre sur les règles bien pensantes, sur la majorité des groupes, appelés à l’époque des dinosaures. A ce propos, une anecdote savoureuse veut que Johnny Rotten, arrivé dans les studios par hasard, portait fièrement un délicieux Tee-Shirt, sur lequel était écrit « I hate Pink Floyd », ce qui avait le mérite d’être clair. Celà n’empêcha pas Mason de produire l’album des Damned, plus par un concours de circonstances que par une volonté profonde des deux partis.

 

Pendant l’enregistrement, il devint évident, au vu des nouvelles parties de guitares toujours plus nombreuses, que Gilmour aurait besoin d’aide, au moins sur scène. Snony White fût choisi, sur les conseils avisés de Steve O’Rourke. Lorsqu’il entra dans le studio, lui qui n’avait jamais entendu la musique des Pink Floyd (comme est-ce possible ?), l’atmosphère était particulièrement tendue. Waters et Mason venaient d’effacer par erreur un solo de Gilmour dont il était assez fier. Gilmour et lui discutèrent quelques instants, White demanda s’il devait passer une audition, et Gilmour lui répondit froidement « Si tu es là, c’est que tu sais jouer, non ? ». Fin de l’audition. Plus tard Waters lui demanda poliment de jouer quelque chose (« puisque tu es là, montre nous ce que tu sais faire !), et White s’exécuta. Il créa un solo sur « Pigs on the wing », qui ne fût pas retenu lors du mixage final puisque le groupe décida de couper le morceau en deux, ouvrant et clôturant ainsi l’album.

Aussi étrange que cela puisse paraître, et malgré les nombreuses tensions, l’enregistrement du disque se déroula dans une bonne ambiance. Un esprit de groupe retrouvé, loin du cauchemardesque enregistrement de « Wish you… ». Mais, paradoxalement, c’est ce disque qui va sceller définitivement la discorde au sein du groupe, et notamment entre les deux leaders.

 

L’album débute dans la légèreté, avec « Pigs on the wing », chanson acoustique, basique et paisible. C’est une chanson d’amour, dédiée à la femme de Waters. On ne peut pas dire que cette chanson fasse partie des meilleures chansons du groupe, et se révèle même plutôt anecdotique, mais prise dans l’ensemble d’un album assez lourd à porter, elle s’avère agréable.

C’est « Dogs » qui mettra le feu aux poudres au sein du groupe. Morceau créé en 1973 que le groupe a déjà l’habitude de jouer sur scène sous une forme un peu différente, notamment au niveau des textes, il a été composé par Gilmour. 17 minutes de rock torturées, paradoxalement dominées par les guitares acoustiques qui ouvrent le titre. Si la mélodie n’est pas particulièrement fantastique, les arrangements, les solos et la structure du morceau sont eux assez intéressants. A l’époque, certaines critiques ont même avancé que le groupe revenait enfin aux expérimentations. Avec le recul, cette assertion apparaît un peu exagérée, car hormis le break au milieu du titre, atmosphérique, répétitif, qui effleure gentiment le Krautrock, et les expérimentations électroniques, le reste sonne plutôt rock. Bien plus que les dernières productions du groupe d’ailleurs. Animals est encore aujourd’hui considéré comme l’album « Hard-Rock » du groupe. Cette dénomination a tout pour faire sourire, mais à l’époque, c’était dit tout à fait sérieusement. Bref, pink_floyd_animals.jpgaprès un solo lumineux de Gilmour qui partage le chant avec son frère ennemi Waters, le morceau s’enfonce peu à peu, et se noie sous des nappes de claviers, alors que les aboiements d’un chien sont torturés, répétés, filtrés. Cette partie, aujourd’hui, sonne un peu datée et à tendance à traîner en longueur. Plus de concision aurait sans doute été souhaitable. Ensuite, le morceau reprend lentement le dessus pour retrouver la structure du début. L’album contient 5 titres, et les royalties d’un disque sont calculées en fonction du nombre de titres, et non pas en fonction de leur longueur. Du coup, bien que "Dogs" prenne pour ainsi dire la totalité de la première face, Gilmour n’est considéré que comme le compositeur d’un cinquième du disque, au lieu de la moitié. Waters prenant le reste à son compte. Si Mason et Wright n’y voient aucun inconvénient, et pour cause, Gilmour ne l’entend pas de cette oreille. Cette problématique enflera au fil des mois et sera, à terme, l’un des gros points de discorde entre les deux compositeurs.

La seconde face est, à mon sens, plus réussie. D’abord parce que les morceaux sont plus courts, et donc plus digestes, et ensuite parce qu’ils sont tout simplement meilleurs. Les mélodies sont nettement plus marquées et plus inventives, ce qui place une fois de plus Waters en tête des compositeurs du groupe.

« Pigs », son cri de cochon, son clavier et sa basse donnent tout de suite une tension plus rock au morceau, et si les compositions ne sont plus au niveau de l’époque « Meddle », elles sont plus efficaces que le précédent  « Dogs ». Mason se permet quelques fioritures aux percussions, et Gilmour, toutes guitares dehors, s’en donne à cœur joie. Seul Wright reste en retrait, sur un album qu’il n’aimait de toute façon pas. Le break allonge la sauce un peu inutilement, avec des effets un peu vains. Il ne faut pas se le cacher, on a parfois l’impression d’avoir affaire à du remplissage. A l’instar de « Dogs », une fois le break « expérimental » passé, le morceau repend les choses au même endroit, mais pour se terminer dans un solo de Gilmour particulièrement rageur, digne des meilleurs moments d’ « Echoes » ou de « One of these days ». Le meilleur moment du morceau et peut-être du disque. Le titre s’efface lentement dans un champ de moutons qui bêlent tranquillement.

Comme pour ne pas les perturber, Wright entame « Sheep » au clavier avec une douceur particulièrement atypique au sein de ce disque. Le second meilleur moment du disque, et, à titre plus personnel, le morceau que je préfère du disque. La seule véritable contribution de Wright au disque s’avère être un moment en apesanteur, calme et discret, à son image. On en vient presque à regretter l’arrivée discrète de la basse, puis de la batterie, dont une partie sera inversée sur bande, donnant l’impression que l’écho qui arrive habituellement après la frappe des fûts précède cette fois l’explosion. Le rythme du morceau, encore plus rock que le précédent, est nettement plus soutenu. Malheureusement, arrive un break, prévisible, qui casse à nouveau le rythme du disque. Presque plus inutile que sur les titres précédents, celui-ci n’est soutenu que par la basse et quelques claviers discrets. On y entend une voix filtrée par un vocoder et le troupeau de moutons reprend de la laine de la bête. Rappelons qu’à ce moment de l’album, la société anglaise, pour ne pas dire mondiale, est comparée à un troupeau de moutons prêt à être décimé. Une fois de plus, Gilmour termine fort en soutenant une rythmique explosive qui accentue l’effet d’une fin apocalyptique.

« Pigs on the wing » termine le disque comme il l’avait commencé, une constante chez le Floyd depuis « Dark Side of the Moon » qui perdurera jusqu’à « The Final Cut ».

 

Le gros problème de ce disque, c’est l’effet monolithe. animals-yugoslavia-85.jpgLes trois chansons principales du disque sont bâties sur le même schéma, couplet, refrain, pont à rallonge, couplet, refrain. Et si la structure de « Dogs » diffère un peu, elle reste tout de même dans cette même mouvance. A l’arrivée, ce disque que j’aime vraiment beaucoup, mais sans doute parce qu’il a bercé mon enfance plus qu’autre chose, s’avère un peu austère. La pochette, particulièrement sordide, enfonce le clou de cette impression.

 

Alors que l’idée du cochon volant au dessus d’une usine fût adoptée par tous, et alors que l’on suggéra une simple incrustation, Waters en décida autrement. Il fit confectionner un véritable cochon géant gonflé à l’hélium. En prévision de la descente du cochon, on appela une poignée de tireurs d’élite pour shooter l’animal une fois le cliché effectué, mais celui-ci, le jour dit, refusa de se gonfler… Une journée passée, sans succès. On recommença donc l’expérience le lendemain. Cette fois, le cochon se gonfla sans difficulté. Mais, alors que l’on venait de prendre les clichés nécessaires, une rafale de vent bouscula le cochon, et le câble céda. Sauf que personne n’avait pensé à rappeler les tireurs… Et voilà donc le cochon qui s’envole dans les hauteurs et part vivre sa vie, loin des soucis des rayons de charcuterie. C’est un avion qui finalement le repérera quelques temps plus tard. Il finira par se dégonfler pour finir dans un champ à quelques dizaines de kilomètres. Anecdote somme toute amusante, pour un album sombre, mélancolique, et qui annonce une fin un peu terne. Car, même si les compositions sont majoritairement signées de la main de Waters, musicalement, l’album reste un album collectif où chacun a participé au processus d’enregistrement et de production. Ce sera la dernière fois.

 

L’album se vendit correctement, sans pour autant atteindre des chiffres de vente phénoménaux. Il connut différentes éditions. La plus connue reste cette édition en vinyle rose, pressée pour le marché français, qui resta, pendant longtemps, le marché le plus juteux pour le groupe. Il existe également d’autres éditions, dont un pressage bleu assez rare, ainsi qu’une version promo de l’album, rose également, cette fois, il s’agit de l’ensemble du disque qui se trouve être rose, pochette comprise.

 

Les stades, quant à eux, continuent de se remplir, la musique du Floyd étant jouée dans un brouhaha parfois difficile à supporter pour le groupe, ce qui ne sera pas sans poser problème pour la suite. Sur scène d’ailleurs, le Floyd est depuis longtemps une machine, technologiquement très haut point, parfaite techniquement, mais très peu passionnante. Pour peu que l’on soit un tant soit peu objectif, il faut bien admettre que l’on s’ennuie aux concerts du Floyd. Ils se contentent de jouer l’intégralité des deux derniers albums, avec deux extraits de Dark Side Of The Moon en guise de rappel, le tout étant joué à la note près. Bref, ils livrent régulièrement une photocopie froide de leur musique. Oubliées les improvisations, oubliée la folie, les Floyd sont rentables, et c’est bien ce qui compte le plus.

15.09.2009

Moonhead

Ce blog va reprendre doucement du service dans quelques jours, mais pour le moment, le manque de temps m'oblige à vous faire patienter un peu... Un musique créée spécialement pour un documentaire autour des premiers pas sur la lune. Par contre, je ne certifie pas que les images soient celles prévues à l'époque....

 

 

31.07.2009

WISH YOU WERE HERE (1975)

Je pourrais vous expliquer, avec des trémolos dans la voix, pourquoi ce disque est si important pour moi. Sorti un an après ma naissance, il a bercé ma vie, mon enfance, et plus encore. Il a sans doute été l’un des déclencheurs de ma passion pour la musique. Pas seulement celle de Pink Floyd, mais celle des grands espaces, celle des lenteurs, celle des sons épurés, et des constructions complexes. Je pourrais vous dire que ma mère mettait ce disque chaque fois qu’elle ne parvenait pas à me calmer et qu’instantanément, je cessais de pleurer, regardant le plafond pour chercher d’où provenaient ces sons qui me transportaient. Je pourrais vous raconter toutes les fois où j’ai écouté ce disque, dans le noir, un casque sur les oreilles, allongé sur ma moquette, me prenant alors pour un bout de chiffon rouge, virevoltant au milieu d’une campagne perdue. wish-you-were-here-mono-lake.jpgMais voilà, j’ai décidé de créer ce modeste endroit pour parler objectivement de cette passion qui m’anime malgré moi, et qui s’inscrit dans mes gènes chaque jour un peu plus. Car on peut parler du bon goût, de la modernité, et de toutes ces choses qui font que les Floyd sont au moins aussi détestés qu’ils sont aimés, mais lorsque quelque chose est ancrée en vous, il n’y a rien à faire pour s’en départir. D’ailleurs, faut-il encore en avoir la volonté. J’aime ce groupe, je le revendique, et je le vis plutôt bien. A cette époque, le groupe est un monstre. Les membres ont vendu des disques par milliers, et continuent encore. Ils remplissent des stades de fans qui ne viennent presque plus les écouter, mais déjà les voir. Il est maintenant très loin le temps des petits clubs enfumés qui sentaient bon l’underground. Après la folie Dark Side Of The Moon, le groupe prend une pause de six mois, où chacun va vaquer à des occupations parallèles. Gilmour découvre Bush (la chanteuse, pas le Président, bande de plaisantins !) et Mason produit l’album de Wyatt. Malgré tout, le groupe entre enfin en studio, mais cette fois, avec une pression qu’il n’avait jamais connu. Il faut maintenant vendre des disques. Beaucoup.

 

Les premières séances de Studio démarrèrent sans la moindre matière sonore. En effet, après Dark Side, le groupe n’avait plus la moindre chanson. Le groupe commença donc un travail de composition entièrement collectif, pour la première fois depuis Meddle, mais aussi pour la dernière fois. D’ailleurs, ils reprirent quelques temps l’idée de faire de la musique sans le moindre instrument, mais le projet fût rapidement abandonné devant l’ampleur de la tâche. De cette expérience où le groupe sciait du bois, plantait des haches, tirait des élastiques ou vidait des aérosols, le groupe ne retiendra rien ou presque. Le groupe manque alors de motivation, et chacun semble s’ennuyer ferme. Les membres jouent avec des verres remplis à différents niveaux, créant ainsi des harmonies en frottant les bords. Ce sera le début véritable de la session. D’ailleurs, ce procédé sera gardé jusqu’à l’enregistrement. Gilmour trouvera une phase de guitare mélancolique et douce qui lancera définitivement le premier morceau. Entre temps, le groupe repart en tournées, qu’il souhaite de plus en plus courtes, pour s’occuper des familles, mais aussi parce que la cohésion du groupe s’effrite de plus en plus. Les membres rôdent pourtant, comme à leur habitude, de nouveaux morceaux sur scène, dont certains trouveront leur place plus tard, sur Animals. Alternant scènes et studio, les membres fatiguent et peinent parfois à se supporter. Par ailleurs, un facteur aggravant fait alors son apparition : le partage des richesses. Dark Side Of The Moon engrange des bénéfices colossaux et chacun veut sa part du gâteau, mais dans la tête de chacun, la part à laquelle il a droit n’est pas forcément la même que celle du voisin. Ajoutés à cela des problèmes techniques liés aux grandeurs des scènes, rendant les concerts parfois inaudibles, et parfois catastrophiques, et des problèmes de solitude (en effet, les enregistrements multipistes sont certes pratiques, mais chaque musicien se retrouve seul dans une cabine face à son instrument…), l’ambiance devient chaque jour un peu plus morose.

 Le thème de l’album va d’ailleurs s’imposer plus ou moins tout seul. Ce sera l’absence dans son ensemble.

 « Shine On You Crazy Diamond » ouvre donc l’album. L’intro est construite avec des verres remplis d’eau, sur lesquels on a passé un doigt.

 

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Ensuite, tout est mixé ensemble, en groupe d’accords sur un seize pistes de sorte que chaque manette de la console contrôle un accord. L’harmonica de verre reproduit cet effet à merveille, mais le groupe n’utilisera pas cet instrument. Gilmour entre alors en scène avec ce fameux solo de guitare, sans doute l’un des plus beaux du groupe, et porte littéralement le morceau à bout de bras. A l’époque, David Gilmour est sans doute le musicien le plus important du groupe. Omniprésent dans le jeu mais aussi dans le chant, il crée presque à lui seul le fameux « son Pink Floyd ». Bien sûr, le soutien de Rick Wright est des plus importants. Le morceau est initialement prévu pour durer toute une face, mais sera finalement scindé en deux parties. Ensuite, Gilmour crée une sorte de cassure qui amène la rythmique dans un riff un peu étrange rappelant le tintement d’une cloche. La batterie fait lentement son apparition et laisse enfin le morceau démarrer totalement. Gilmour amène un nouveau solo tout aussi brillant que le premier, puis c’est au tour de Wright de poser quelques notes, plus discrètes. La partie chant intervient enfin, et fait ouvertement référence une fois de plus à Syd Barrett. Il s’agit d’une des nombreuses interventions extérieures sur l’album. Un jour, Nick Mason croise un gros type chauve, avec l’air ahuri dans les couloirs du studio. Il demande à Gilmour de qui il s’agit qui lui répond qu’il s’agit de Syd Barrett. Méconnaissable et semblant avoir définitivement quitté le monde de la raison. Le groupe, ébahi par sa présence, lui passe la bande du morceau sur lequel il travaille, il s’agit alors de Shine On. Barrett trouve que ce qu’il entend sonne vieillissant… Plus tard, il discute avec Mason qui lui demande comment il va. « Cà va, j’ai un frigo, avec de la viande dedans, mais je suis obligé d’en racheter car elle n’arrête pas de moisir… ». Enfin, il demandera si quelqu’un peu le ramener. Barrett repart aussi étrangement qu’il est apparu. Son passage fantomatique laissera des traces sur l’album, notamment sur les paroles de Shine On, fortement influencées par son personnage énigmatique. La mélodie accrocheuse du morceau en fait l’une des plus belles réussites du disque même si le morceau aurait gagné en concision, notamment dans sa seconde partie. Le morceau se termine sur un solo de saxophone de Dick Parry, maintenant habitué du groupe, qui, en 2009, sonne un peu kitch. Pourtant, il amène une sorte de légèreté à un morceau magnifique mais empreint d’une morosité très appuyée. Le titre est marqué par la présence (au moins pendant l’enregistrement) des deux violonistes Menuhin et Grappelli. Grappelli accepta de jouer sur le titre, Menuhin préféra le regarder et l’écouter. A ce sujet, l’histoire propose deux théories, l’une affirmant que l’on entend Grappelli jouer sur Shine On You Crazy Diamond, l’autre qui suppose que les bandes sont restées dans les cartons. Qui croire ? A vrai dire, peu importe. Ce qui est sûre, c’est qu’il est difficile de dire, à l’oreille, s’il y a ou non un violon sur le titre.

 « Welcome to the machine » démarre dans le souffle d’une brise, et d’un bruit de machine qui ressemble à un ascenseur. Un morceau dominé par les synthétiseurs et la guitare acoustique ou Mason n’intervient pas, et où le rôle de Waters est très diminué. D’ailleurs, outre les textes, qu’il écrit maintenant intégralement, et ce depuis l’expérience Dark Side of the Moon, Waters se fait discret sur cet album. Il chante très peu, et son jeu de basse est particulièrement transparent. Gilmour crie plus qu’il ne chante sur ce morceau volontairement agressif. C’est le titre qui a le plus mal vieilli, notamment à cause des sons de synthés particulièrement datés. Il se termine comme il a commencé, sur un bruit d’ascenseur qui s’ouvre sur une pièce avec une foule en train de discuter.

« Have a cigar » ouvre la seconde face avec un ton résolument rock. Un riff de guitare soutenu par la basse de Waters donne le ton, suivi de près par les synthés de Wright. A l’origine, Waters devait chanter ce titre, mais il connaît alors des problèmes de voix. En effet, ce n’est pas un secret, Waters a des capacités vocales limitées, et il ne parvient pas à tenir la note sur le titre. Quelqu’un suggère alors de demander la participation de Roy Harper, un ami du groupe, qui enregistre à côté. En secret, Waters espère que les autres insisteront pour qu’il chante, mais tout le monde est emballé par l’idée. Roy Harper accepte avec plaisir et se fond finalement très bien dans l’univers du Floyd avec une performance tout en force qui colle parfaitement à la rudesse du morceau et à l’âpreté du solo de guitare de Gilmour, décidemment très bavard sur ce disque. wishyouw.jpgLa rumeur dit également que Grappelli chante sur la fin du morceau, mais même en tendant l’oreille…. Le titre fait directement référence aux gros pontes de l’industrie de disque et de leurs méthodes douteuses pour faire fonctionner un bizness! Le morceau se termine brutalement, comme si l’on changeait une station de radio, et la fin du titre est filtrée pour renforcer cette impression et pour glisser plus facilement sur le titre suivant.

« Wish you were here » qui donne son titre à l’album est sans conteste une grande réussite. Sans doute l’une des plus belles compositions de Gilmour. Ballade acoustique qui s’ouvre sur un gimmick limite folk, la chanson possède une mélodie qui s’incruste en quelques secondes dans votre oreille, et ne vous lâche plus. Une fois de plus, Waters fait référence à Barrett, même si la chanson peut être interprétée comme une chanson sur les relations amoureuses. Au fil du temps, ce titre s’est imposé comme étant un des classiques du groupe. Gilmour y chante magnifiquement bien, et chaque instrument trouve une place pertinente sans jamais prendre le dessus. Le fade out de fin ramène la brise qui annonce la seconde partie de « Shine on You Crazy Diamond ». Outre le fait d’avoir scindé le morceau en deux parties, la construction n’est pas sans rappeler Echoes, dans une certaine mesure. La seconde partie débute sur un rythme chaloupé et légèrement bluesy, et se transforme peu à peu en quelque chose d’un peu plus agressif avec le solo de guitare, doublé, voire triplé, qui semble vouloir pousser les murs pour exister. Le morceau retombe alors sur ses pattes en reprenant le thème central sur lequel on l’avait laissé lors de la première partie. Ensuite, après quelques secondes en suspens, le titre navigue sur quelques arpèges qui amènent une partie jazz rock qui, pour le coup, a un peu vieilli, encore une fois, à cause des sonorités utilisées. Malgré tout, l’ensemble s’écoute facilement, avec un brin de nostalgie, comme on regarde des photos d’une jeunesse passée en se disant « ah oui, c’est vrai qu’à l’époque, on portait çà…. ». Le final laisse enfin la place à Richard Wright qui pendant trois minutes et demi va enfin pouvoir s’exprimer seul ou presque. Des nappes de synthés s’entremêlent, soutenue par une batterie légère et un piano qui martèle les accords pour mieux marquer la rythmique. Cette partie n’est pas sans rappeler certains passages de son album solo « Wet Dreams » qui reprendra souvent ce schéma. C’est lui qui a le mot de la fin sur un disque marqué par une morosité et une mélancolie affichées. Le groupe va mal, il le sait. A l’époque, il est surtout concerné par des effets de scène toujours plus grandiloquents, comme le passage de deux avions « Spitfire » juste au dessus de la foule pendant un concert, ou une pyramide gonflable géante qui, un soir de tempête, finira écrasée sur le parking d’à côté. Le groupe est au bord de la rupture, et s’enlise de plus en plus dans une relation conflictuelle, ce qui ne sera pas sans effet sur leur musique à venir.

 

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Le disque, sorti en 1975, connaît un bon succès et se place numéro un des ventes un peu partout. Bien entendu, ils n’en vendront pas 40 millions, mais Le Floyd est devenu une entreprise rentable en termes de ventes, cela suffit à faire le bonheur de leur maison de disques.

La première édition contenait une pochette avec le fameux foulard rouge, l’homme en flamme qui sert la main à un autre homme, l’homme qui plonge, puis qui nage dans le sable, ainsi que l’homme invisible qui tient un exemplaire bleu de l’album, et une carte postale. Le tout était emballé dans une pochette noire (uniquement pour la première édition), qu’il fallait découper pour ouvrir. Au milieu, un rond avec une poignée de mains de robots.

Il y a eu plusieurs éditions couleurs du disque, et plusieurs rééditions CD, reprenant la pochette noire, ou la pochette avec l’homme en flamme selon les éditions. Il faudra attendre le coffret « Oh by the way » pour retrouver la pochette en plastique noir d’origine. Cet album est sans doute le disque que j’ai le plus écouté dans ma vie, et encore aujourd’hui, malgré ses défauts, je l’aime toujours autant.