26.08.2010

PINK FLOYD - The division Bell (1994)

Voilà voilà…. Si j’étais joueur, ces deux mots pourraient résumer à la perfection mon sentiment à l’égard de ce disque. Si à l’époque de Momentary, j’avais 13 ans et donc étais encore impressionnable, lors de la sortie de Pulse, j’avais 20 ans. Et là, on ne me la faisait plus. D’abord parce que j’avais, entre temps, découvert un millier d’autres choses nettement plus passionnantes, et qu’en plus, j’avais suffisamment de recul pour m’apercevoir que même à la grande époque, le Floyd n’était pas, artistiquement parlant, toujours irréprochable. Bref.

 

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Alors, comment faire la différence entre le premier album et le dernier ? Et bien, je dirais que pour le premier album, le groupe compensait par le talent un manque évident de moyens, alors que pour le dernier, le groupe compensa le manque évident de talent par  un déploiement de moyens. Les tournées ont souvent été très rentables pour le groupe (jouer 2 heures devant un stade plein à craquer, ça remplit rapidement les caisses…) mais pour faire une tournée à but lucratif sans que cela soit trop flagrant, il faut, en général, un nouvel album.

Au début des années 90, Mason, Gilmour et O’Rourke participèrent à une course automobile de collection par étapes. L’un des deux bolides fit une sortie de route qui a bien failli coûter la vie au leader et au manager, mais à part une jambe cassée pour Steve O’Rourke, les deux hommes s’en tirèrent à peu près bien. En parallèle, Mason réalisait un documentaire sur la course, pour lequel le groupe se mit à composer des bouts de musique. C’est ainsi que la machine fût relancée. On rappela Wright, alors en croisière sur la mer Egée, ainsi que les membres de la dernière tournée, et tout ce petit monde se mit au boulot. Contrairement à l’album précédent qui s’apparentait à un album solo de Gilmour, celui-ci était d’avantage perçu comme une entreprise collective, Gilmour amenant des petits bouts de musique sur lesquels chacun brodait plus ou moins.

Les premières séances de travail eurent lieu dans les studios d’ « Animals », et se poursuivirent sur la péniche de David Gilmour.

Gilmour, passablement frustré de ne pas obtenir une seule bonne idée de Rick Wright, l’enregistra à son insu lors de petites improvisations, ce qui donna naissance à 3 morceaux du disque. Malgré tout, et globalement, Rick Wright prouvait une fois de plus qu’il n’était pas un compositeur de véritable talent et par ailleurs très peu productif. Bob Ezrin et Mickaël Kamen furent appelés en renfort pour la production et les arrangements de cordes, et l’enregistrement se déroula dans une entente totale, sans la moindre fausse note et la moindre pression. Pour autant, ils planifièrent une tournée, ce qui obligea le groupe à accélérer le mouvement.

 

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Douglas Adams, écrivain de son état, trouva le titre, en l’échange de 5 000 livres donnés à un fonds pour l’environnement et la pochette fût confiée au fidèle Storm Thorgerson, qui fit construire et déplacer de véritables têtes dans un champ paumé par un mois de février glacial pour prendre la photo. Il existe quelques clichés surréalistes de ces têtes plantées au milieu de nulle part. « The Division Bell » évoque la cloche de la « House of commons » qui retentit pour convoquer les députés aux débats  mais fait également référence aux différents qui ont longtemps opposés les membres du groupe. Bref, tout est fait en famille, on ne change pas une équipe qui gagne. Et de toute évidence, c’est bien là où se situe le problème. A trop utiliser les mêmes recettes, on finit par produire du réchauffé. Et là, c’est flagrant.

 Et c’est flagrant dès les premières notes. « Cluster One » ressemble comme deux gouttes d’eau à l’intro de « Momentary », mais en moins bien, qui ressemblait déjà comme deux gouttes deux à l’intro de « Shine On » mais en moins bien. A force de faire dans l’atmosphérique aqueux, le groupe tâtonne sans jamais trouver de destination. Tel un GPS cherchant une départementale au milieu du désert de Gobi, Gilmour égrène son alphabet blues le plus basique, sans inspiration et visiblement sans plus de conviction. Wright joue au question réponse avec lui, mais semble systématiquement trouver la mauvaise réponse, alors que derrière, Mason balance une vague rythmique molle de la tige, le tout servant plus ou mois de prétexte à introduire le morceau suivant, « What do you want from me ». Morceau qui aurait pu être honorable si Gilmour n’avait pas eu trois mauvaises idées d’arrangements et de production à la seconde. Surproduit, la totalité des instruments (et des voix) est noyée sous un déluge d’effets tous plus obsolètes les uns que les autres. Entre le chorus de la guitare, le phasing de la voix et la réverbération à outrance, plus rien ne sonne authentique. Le coup de grâce étant à nouveau cette manie de coller des chœurs Soul en toc sur la totalité du morceau. Résultat, on se retrouve avec une guimauve vaguement funk dans sa rythmique (nonobstant un pont variétoche du plus mauvais effet) qui se la joue gospel à tarte sans le moindre intérêt et qui, 15 ans après, prête franchement à sourire.

Après un départ si laborieux, on espère que le David va enfin relever la barre pour éviter le naufrage…. Et non ! « Poles Apart » nous balance une ligne mélodique sans le moindre intérêt, avec les mêmes défauts d’arrangements et de production que le titre précédent (c’est bien, ça me permet d’abréger…), mais en allongeant la sauce de 3 minutes, avec un break interminable au milieu qui ne ressemble strictement à rien. Il a voulu nous refaire le coup du « Dogs » sur Animals, mais en moins audacieux et en moins réussi. Il termine en s’écoutant jouer sa gamme du parfait petit-cul blanc qui joue le blues. Pénible.

 « Marroned » vient ensuite… Voir « Cluster One », c’est la même en couleur. « A great day for freedom » Après avoir touché le fond, Gilmour creuse encore. Et pourtant, il se fait aider l’animal. Sa femme, journaliste lui pond des paroles indigentes, et quelques loustics l’aident à plusieurs reprises à composer des titres, mais franchement se mettre à plusieurs pour un tel résultat, était-ce vraiment nécessaire. La mélodie est laborieuse, le piano truffé d’écho et larmoyant peine à porter l’ensemble jusqu’au refrain qui s’écroule sous le poids des synthés, des cordes et du solo (devenu obligatoire sur chaque morceau, on meuble comme on peut…) redondant, qui n’est pas sans rappeler… attendez, je cherche… Ah oui, ça y est… qui n’est pas sans rappeler le solo précédent. Car oui, qu’est-ce qui ressemble plus à un morceau de Gilmour qu’un autre morceau de Gilmour ?

Et il fallait bien que ça arrive, c’est au tour de Wright de nous infliger une composition. Nulle et non avenue. Molle et chiante. Le saxo horripilant nous plonge dans une soupe de la pire espèce, la voix trafiquée (déjà que Wright n’était quand même pas un grand chanteur…), et les chœurs (putain, les gars, mais virez-les les Carole Frédéricks du pauvre…) se disputent l’oscar de la médiocrité et contre toute attente, c’est le synthé du pont qui remporte la timbale. Un son bontempi des meilleures années qui ferait passer les albums solo du père Wright pour des pierres angulaires de la pop moderne. Au secours. Et le solo de Gilmour ? Un bon vieux copié collé a semble-t-il fait l’affaire.

Bon, là, on passe à la vitesse supérieure avec le trio magique « Take it back / Coming back to life / Keep talking ». Intro à rallonge, mélodie au sous-sol, arrangements poussièreux (putain, la cloche sur Coming back to life, je ne savais même plus que les batteries actuelles en avaient…), solo de son éternelle gamme sans émotion ni invention, et surtout, un air de déjà entendu « Keep Talkin / Sorrow, même combat), avec encore et encore ces chœurs insoutenables. Pendant longtemps, je me suis demandé si les membres du groupe avaient sérieusement écouté ce disque, pénible de bout en bout. Finalement, je me suis dit qu’ils n’avaient pas du l’écouter, même en l’enregistrant. Sinon, comment expliquer une telle pauvreté musicale qui apparaît sur « Poles Appart ». Déjà le sujet choisi… Le double divorce sa femme / Waters, et la musique… Je crois sincèrement que cette chanson conviendrait à peine pour un générique de fin d’un téléfilm péruvien diffusé un soir de panne électrique. Il n’y a rien de rien dans la chanson. Une mélodie d’une consternante banalité, un pont vaporeux, comme sur les autres titres, et un solo, à l’acoustique. La routine.

Enfin, le calvaire prend fin. « High hopes » et ses 8 minutes. C’est long, très long, surtout pour un truc pompeux arrangé façon variété. La cloche retentit, Gilmour chante avec les sourcils froncés, il n’est pas content. Un truc menaçant, qui s’envole sur le refrain, mais non, la mayonnaise ne prend pas, elle a tourné. Gilmour multiplie les changements de tempo, les solo espagnolisant, les breaks… On sent bien qu’il fait tout ce qu’il peut pour tirer le maximum de ce qui reste probablement le morceau le plus réussi de l’album (et ce n’est pas un compliment…), mais les arrangements aussi gonflés que gonflants rendent l’ensemble indigent et interminabe… oui, minable ; C’est une fin minable.

Le disque aura pas mal de succès, notamment grâce à ce dernier titre, et la tournée va s’avérer la plus rentable de l’année (et de l’histoire à l’époque), mais on ne peut s’empêcher de penser que le groupe aurait du arrêter les frais depuis un moment.

Tout ceci ne m’empêchera pas d’aller les voir sur scène (car je devais les voir au moins une fois dans ma vie) et d’acheter l’album en double (édition CD et édition vinyle bleu), mais le cœur n’y est vraiment plus. C’est terminé, il était temps.

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13.08.2010

PINK FLOYD - A Momentary Lapse of Reason (1987)

Lorsque « A momentary lapse of reason » voit le jour, en 1987, David Gilmour et Nick Mason sortent de quatre ans de batailles judiciaires avec leur ex-meilleur copain-qu-en-vrai-on-a-jamais-vraiment-pu-se-blairer-mais-que-vu-les-intérêts-financiers-on-faisait-avec-Roger-Waters. Waters s‘était mis en tête de définitivement tuer le dinosaure rose aux œufs d’or, interdisant aux deux autres d’utiliser le nom de Pink Floyd. Au terme du procès, Waters perdra, même si la légende raconte que Gilmour et Mason ont lâché un chèque bien épais pour arrondir les angles.

 

Bref, David Gilmour et Nick Mason entendent bien exister sans leur maudit bassiste et font appel à une flopée de musiciens pas trop manche sans omettre de rappeler le copain Wright qui, pour des raisons contractuelles un brin obscures ne pourra figurer sur l’album qu’en tant que musicien de studio et non en tant que membre du groupe. Pour parachever son œuvre, Gilmour fait appel à Bob Ezrin, déjà employé sur The Wall, trop heureux de ne plus croiser Waters.

 

L’album va tout de même être enregistré dans une ambiance un peu tendue car Gilmour souhaite prouver à Waters qu’il peut enregistrer du Floyd sans lui et veut le faire rapidement. Il se fait aider par plusieurs noms pour les compositions, et surtout pour les textes car même si l’on déteste cordialement Roger Waters, il faut bien admettre que les textes, depuis Barrett, c’était lui, et rappelons que même à la bonne époque, Gilmour n’était pas plus doué que cela pour la chose écrite. 316QMKPYVEL._SL500_AA300_.jpgOn se souvient encore de l’époque Ummagumma où il demanda cordialement à Waters un peu d’aide pour confectionner un texte… qui refusa tout aussi cordialement. Pour les textes, il va donc se faire aider entre autres par Anthony Morse, membre d’un obscur combo, les « Slapp Happy ».

 

L’enregistrement débutera donc sur l’Astoria, la péniche de Gilmour, transformée en studio d’enregistrement dans une ambiance finalement bon enfant même si tendue car les procédures avec leur ex-bassiste-qu’il-commence-à-nous-les-briser-quand-même-un-peu perdurent et sera finalisé à Los Angeles.

 

Nous sommes donc en 1987, et au beau milieu des années 80, le principal défaut de la majeure partie des disques sortis à cette époque, reste la production. Celui-ci ne déroge pas à la règle, il s’avère même être un parfait exemple. La production est exécrable du début à la fin.

 

Et dès le début, Gilmour prend l’eau. Il tente de nous refaire le coup de l’intro de « Shine On You Crazy Diamond ». Un clapotis, une barque, et une nappe de synthés. Sauf que justement, le synthé sonne très synthé, et lorsqu’il entame son solo, le son métallique peine à retrouver la chaleur d’antan. Le disque s’annonce dès les premières notes particulièrement sombre et froid.

« Learning to fly » déboule, et là, c’est le drame. Sonorités datées, percussions inutiles, et surtout, chœurs soul en carton pâte, tout sonne creux sans exception. Même le solo de Gilmour s’avère inutile et sans saveur. Si la chanson avait ce petit air entêtant qui prendra d’assaut la bande FM de l’époque, il faut bien avouer que l’on se demande encore par quel miracle. Bref, des langueurs expérimentales, et planantes, il ne reste rien, si ce n’est un rock FM ultra calibré et sans grand intérêt. Mais le pire est à venir.

« The dogs of war » lorgne du côté du blues, mais au royaume du lorgne les sourds en ont de la chance. C’est catastrophique et laid. La voix de Gilmour croule sous les mauvais effets, et une fois de plus, les synthés moches et froids sabrent définitivement ce qui aurait pu être sauvé. Encore que les chœurs soul qui martelèrent à nouveau le morceau sonne le glas en posant la question clairement : Mais quelle mouche a bien pu piquer Gilmour. Car c’est pour le coup évident, c’est Gilmour qui a pris les commandes. Lui qui rêvait d’un Floyd collectif se retrouve à mener seul un navire trop imposant pour ses frêles épaules et il ne sait visiblement pas par où aborder le problème. « The dogs of war » se termine sur l’un des solos de saxophone les plus infâmes que la terre ait portée, qu’à côté, « Careless Whisper » des Wham, c’est du Coltrane.

On croit le paroxysme atteint, quand « One Slip » cale son intro sur le « Time » de Dark Side… Et pan ! Gilmour sort les guitares rock, mais à nouveau, tout sonne creux, sans saveur. Il faut tout de même dire que la batterie y est également pour beaucoup. Impossible de savoir d’où Mason a tiré son kit, mais il sonne comme de la ferraille usée, fatiguée. On se dit que c’est à nouveau un défaut de production, mais le live qui sortira un an plus tard prouvera le contraire : C’est bien la batterie qui est bonne à jeter. A cette époque, il éprouve d’ailleurs pas mal de difficultés et laissera sa place à quelques reprises sur le disque, à des batteurs moins renommés, mais plus à l’aise avec une technologie qui, selon son propre aveu, le dépassait un peu.  Bref, Gilmour nous sort tout sa virilité de son « One Slip », mais rien à faire, la sauce ne prend toujours pas. Et les chœurs moches dans tout çà ? Je vous rassure, ils sont toujours là.

La première face se termine sur le larmoyant « On the turning away ». Morceau un peu prévisible avec une longue montée qui oscille entre « Mother » et « Confortably Numb » sans avoir les qualités de l’une ou de l’autre. Le titre croule à nouveau sous les synthés bon marché, et les chœurs de l’armée Soul sans que cela ne rende la chose vraiment plus belle. Gilmour se fend d’un solo bien senti qui rend la ballade un peu plus Floydienne que la moyenne… mais tout de même, il faut être sourd pour ne pas se rendre compte qu’il ne s’agit plus là du Floyd mais bel et bien d’un album solo de Gilmour.

« Yet Another Movie » ouvre la seconde face du disque. Seconde face qui va s’avère un brin plus réussie que la première. Faisant abstraction des problèmes de production, on se surprend à retrouver des atmosphères propres à l’univers du Floyd, même si la voix de Gilmour, une fois de plus trafiquée, pêche un peu. Un morceau construit de façon moins académique, sans véritable refrain, ni couplet, mais une sorte de montée lente et funèbre. Si l’on ne peut pas parler d’un bon morceau, on peut tout de même considérer qu’il s’agit là du premier morceau vraiment audible du disque.

Le soufflé retombe toutefois assez vite avec « A new machine », sorte d’a capella robotique censé introduire le morceau suivant, totalement inutile et raté, mais fort heureusement également très court.

« Terminal Frost », second instrumental du disque tourne rapidement à vide. Gilmour égrène un solo sans inspiration, se livrant à une bataille sans merci avec un saxophone douteux, et ôtant tout envie éventuelle de connaître le vainqueur. Malheureusement, le morceau s’enflamme en son milieu, donnant encore plus d’espace aux deux instruments qui n’en finissent pas de se répondre dans un univers suranné et vieillot, pendant que les chœurs nous soûlent de plus en plus. Le morceau retombe aussi sec, un peu comme s’il ne se passait rien, et d’ailleurs, il faut bien avouer, il ne se passe rien.

Gilmour nous refait le coup de « A new Machine » en plus court. Tant mieux.

Enfin, le morceau final. « Sorrow » et ses neuf minutes…dont deux d’intro. C’est long. Là encore, Gilmour traîne un riff sans grande inspiration, sur un morceau sans plus d’inspiration. Les arrangements sont légers, pour ne pas dire inexistants, Gilmour se contentant de lancer quelques notes de guitare pour annoncer le solo final. Le refrain et le pont sont de nouveau la cible des chœurs féminins que l’on rêve de défenestrer un à un, mais bon, sachons raison garder. Le morceau, mi-tempo, ne provoque ni plaisir ni déplaisir, il laisse tout simplement totalement indifférent. Le final se veut un feu d’artifices guitaristique, mais s’avère être un pétard mouillé redondant. Mais surtout, Gilmour semble avoir perdu ce son si particulier, qui plaisait ou non, mais qui était reconnaissable entre mille. Ce con cristallin, pur et ample a totalement disparu au profit d’un son qui se veut sec et rock mais qui sonne faux et monotone. L’album se termine sur ce constat douloureux : Le Floyd, c’est bel et bien terminé. Dommage de finir sur une telle note… Et non ! Ils vont faire pire.

 

Petit anecdote sur ce qui apparaît le plus réussi de l’album : la pochette. Etrangement, je trouve qu’il s’agit d’une des plus belles pochettes du groupe. A l’époque, furent alignés environ 800 lits pour prendre la photo avant qu’un orage éclate, contraignant l’équipe à remballer les plumards pour les ressortir le lendemain, sous un ciel qui se montra cette fois plus clément.

 

Et moi dans tout çà ? Pourquoi écouter et parler d’un disque qui me déplaît à ce point ? Simplement parce que j’ai 13 ans lorsque sort ce disque et qu’il était pour moi, qui étais alors en pleine période fan transi absolu, la chose espérée depuis tant d’années. Je ne parvins pas à être déçu par ce disque que j’ai écouté des centaines de fois. Et puis, j’ai vieilli. Aujourd’hui, il fait partie de la bonne poignée d’albums Floydiens que je n’écoute que rarement. Lorsque je dois rédiger une chronique dessus quoi.

 

 


Pink Floyd - Learning To Fly
envoyé par brainstorm. - Regardez d'autres vidéos de musique.

03.06.2010

PINK FLOYD – The final Cut (Requiem for a Post-War Dream) (1983)

« Fâché avec tout le monde ! » Voici comment l’album aurait pu… aurait dû s’appeler. Sortis exténués moralement et physiquement de l’expérience « The Wall », les membres du Floyd pensaient souffler un peu. Le film venant de sortir, promotion à assurer, sourires à afficher. Rick Wright est définitivement parti du groupe, il coule des jours paisibles en Grèce et… il en a bien de la chance pensent Gilmour et Mason. Roger Waters revient donc à la charge rapidement avec un nouveau projet, mais il a une idée plus précise encore que pour The Wall. Un disque hommage à son père, mort durant la seconde guerre mondiale (mais ça, on le savait déjà !). Le thème étant tellement personnel que les autres membres du groupe conçoivent difficilement comment ils vont pouvoir intervenir. Et ça tombe plutôt bien car Waters est bien décidé à ne pas les laisser intervenir.

Bob Ezrin a été remercié suite à une interview malheureuse quelques mois plus tôt dans laquelle il expliquait le déroulement des concerts de « The Wall » supposé rester secret. Rick Wright absent, bref, c’est Waters qui gouverne et les autres réagissent mollement. Gilmour n’a pas vraiment de matériel à fournir et n’est pas assez réactif pour Waters, quant à Mason, il n’est que batteur…

Le projet initial devait comporter des morceaux inutilisés pour « The Wall »,  ainsi que des titres se trouvant sur le film mais pas sur l’album (ce qui sera fait lors de la récente édition « By the way ! » qui inclut les deux inédits de The Wall), et devait s’appeler « Spare bricks » (Briques en plus) mais finalement, Waters préfère travailler sur du matériel en grande parti inédit à  l’exception de quelques titres, mis de côté lors de l’enregistrement de « The Wall ». Pourtant, à l’écoute, on a l’impression d’assister à un « The Wall 2 – Le retour » avec un côté nettement moins grandiloquent.

Le père de Waters est donc mort durant la seconde guerre mondiale, à Anzo, en tant qu’objecteur de conscience. Et le constat d’échec vis-à-vis des promesses faites durant cette période par le gouvernement donna à penser à Roger Waters qui en fait état au cours de cet album. Il évoque par ailleurs le gouvernement naissant de Tatcher qui déclare à l’époque la guerre à l’Argentine pour récupérer les Îles Malouines. pink_floyd_the_final_cut-front.jpgIl règne au sein du pays un patriotisme exacerbé qui ne manque pas d’irriter notre gauchiste caviar. Waters trouva donc de bon ton de jouer les géopoliticiens et écrivit un album qui mélangeait ces différents thèmes, ce qui n’était pas du goût de tout le monde, notamment Gilmour qui estimait que le Floyd était un groupe de rock et que ces thèmes n’avaient pas nécessairement leur place sur un album.

Quoiqu’il en soit, Waters était bien décidé à faire un disque tel qu’il l’envisageait et il ne laisserait personne interférer. Il demanda à Mickaël Kamen, croisé sur « The Wall » de s’occuper des arrangements et lui confia également toutes les parties de clavier. Mais alors, quels allaient être les rôles de Gilmour et de Waters ?

Gilmour qui, depuis longtemps, contribuait énormément au son du Floyd se retrouva à jouer quelques solos de guitares, et Waters consentit à lui laisser chanter une chanson. Mason, quant à lui, joua rapidement ses parties batterie et contribua à la collecte des bruitages du disque qui, pour la plupart furent enregistrés dans un environnement naturel. La seule particularité véritable de ce disque fût le système holophonique utilisé pour les bruitages. Conçu par Hugo Zuccarelli, ce système permettait d’entendre plus ou moins les sons à 360°. Pour obtenir ce résultat, il est vrai assez remarquable, un appareil appelé « Ringo » permettait de capturer les sons et de les restituer le plus naturellement possible. Ce fût Mason qui se retrouva en charge des opérations, captant ainsi des sons de voitures, circulation, des avions de chasse et autres.

Rick Wright parti, David Gilmour réduit au silence, que restait-il du son du groupe ? Pas grand-chose. Et ça s’entend. Il s’agit clairement d’un album solo de Roger Waters, arrangé par Michael Kamen. Les deux hommes s’entendaient bien, et travaillèrent de concert sans véritables heurts… à l’exception d’une anecdote des plus farfelues. hqdefault.jpgUn jour où Waters faisait une prise voix, il fut agacé de voir que Kamen ne lui prêtait aucune attention et qu’il gribouillait un truc sur un calepin. Sortant de la cabine, il exigea de voir ce que Kamen avait écrit. Il put lire, sur des dizaines de lignes « Je ne dois pas baiser des moutons… ». Interloqué, il s’en retourna à ses occupations, mais quelques années après, alors que Waters distribuait des Tee-shirt aux membres du groupe qui l’accompagnait en tournée sur lesquels était marqué (à l’envers, de sorte que chacun pouvait lire la phrase en se regardant dans la glace) « Suis-je vraiment rentable ? », il donna alors à Kamen un Tee-shirt où celui-ci pu lire « Je ne dois pas baiser des moutons… ».

Dire que les sessions furent tendues est un euphémisme… En tout cas lorsqu’il s’agissait des sessions de Gilmour. Mais lors des répartitions des droits, ce fût calamiteux. Waters fit savoir à Mason qu’il « ne joue que du tambour » et qu’il ne pouvait prétendre à aucun droits d’auteur, et il expliqua à Gilmour qu’il n’avait rien écrit et qu’il en était donc de même pour lui. La rupture était consommée.

L’album débute sur « The post war dream » et un harmonium tout droit sorti d’une église. Dès ce titre, on se rend compte que Les Floyd n’existent plus vraiment. Le son n’est plus le même, les chansons non plus. Etrangement légers, les arrangements sont probablement la chose la plus positive du disque.

 

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Kamen trousse des arrangements aussi discrets qu’efficaces, mais qui ne suffisent pas à sauver les chansons. Waters n’est pas le songwriter qu’il aimerait être. Il abandonne presque définitivement le couplet / refrain pour enchaîner une série de chansons qui se répondent les unes aux autres, certaines ne servant que d’introduction aux autres. Bref, la montée du titre d’introduction décline à merveille ce qui va suivre. Le morceau décolle tout à coup, pour retomber aussitôt.

« Your possible pasts » suit plus ou moins le même mouvement même si les explosions sont plus nombreuses, et surtout cadencées par une structure plus nette. Pourtant, les paroles, souvent alambiquées et prétentieuses plombent très largement le propos et les voix, couvertes d’effets dont une réverbération insupportable du plus mauvais effet. Waters raconte l’histoire d’un vétéran d’après-guerre, ses doutes, ses détresses, ses dérives... Bref, il nous refait le coup de « The Wall » en changeant vaguement les ingrédients. Le personnage serait en fait le fameux professeur qui maltraitait ses élèves dans « The Wall », se vengeant de sa femme qui lui pourrissait la vie. Musicalement, la voix de Gilmour qui autrefois amenait harmonies et douceur manque ici cruellement car Waters est un chanteur qui travaille en force, avec une puissance vocale indéniable mais dénuée de finesse. L’association Wright / Gilmour paraît bien lointaine.

« One of the few » nous refait le coup de « The wall » et rappelle des passages tels que « One of my turns » en moins réussi et n’est là que pour introduire le titre suivant « The hero’s return », l’un des plus mauvais titre. La pauvreté de la mélodie est littéralement mise en avant par la voix braillarde de Waters, à nouveau noyée sous les effets et les guitares censées être puissantes ne sont en fait qu’insupportables.

L’un des gros défauts de ce disque, c’est l’excès de bruitages sonores en tout genre. Une impression de mise en scène trop appuyée s’en dégage et finit par rendre le procédé insupportable. Par ailleurs, la plupart des titres fonctionnent de la même manière, alternant moment calme et explosion sonore. Les titres viennent alors à se ressembler étrangement.

« The gunners dream » aurait pu être l’un des beaux moments du disque… Alors, je pose la question. Pourquoi ce saxo moche ? Il sonne aujourd’hui comme horriblement démodé, mais dans mon souvenir, il ne sonnait pas forcément mieux à l’époque. Bref, le titre se voit à moitié gâché par un solo inutile, et comme la structure fait à nouveau appel à l’alternance des moments calmes et des moments énervés, on se retrouve avec le même morceau que le précédent… ou presque.

« Paranoïd eyes » décline le même univers, avec une ambiance plus légère, piano, guitare acoustique. Pour un peu, on tiendrait la ballade du disque, même si, à bien y réfléchir, on retrouve un air de déjà-vu si l’on repense à un titre comme « Mother » sur « The Wall », mais passons. Le disque s’achève sur une note plus sereine… si l’on fait abstraction des paroles, évidemment.

La seconde face s’annonce des plus primesautières avec une explosion. Les thèmes abordés sont nettement plus politiques. « Get Your Filthy Hands off My Desert », sur fond de violons, nous parle politique, guerre et n’est là que pour introduire l’un des plus gros titres du disque. L’un des plus importants du disque puisqu’il porte à lui-seul la plupart des thèmes abordés. « The Fletcher memorial Home » reprend malheureusement le même chemin que la première face. Paroles plombées où Waters imagine Tatcher, Brejnev et quelques autres comiques sur le peloton d’exécution, musique et ambiances maussades, et le tout est noyé sous un pathos qui frise parfois, si ce n’est le ridicule, l’excès. Gilmour s’exprime un peu, avec un solo bien senti mais qui finalement ne se démarque pas vraiment. Ce titre, dans sa structure ressemble à nouveau étonnamment à « Mother ». Waters s’écoute chanter à longueur de chanson et ne laisse personne s’exprimer.

« Southampton Dock » reprend toujours et encore le même procédé, et une fois de plus, les mélodies se ressemblent et s’assemblent et peu à peu plongent l’auditeur dans un ennui langoureux. Rien n’est là pour séduire et transporter. Ici, on parle douleurs et amertumes, et Waters n’a que du fiel à déverser. Avec le recul, certains pourront trouver ce disque fragile, humain. Je le vois surtout comme une sorte de psychanalyse où Waters y déverserait toutes ses rancœurs, mais, ayant déjà fait « The Wall », on était en droit de penser que cela suffisait. Malheureusement, le contenu musical apparaît plutôt pauvre au regard des anciennes productions, et du coup, tous les défauts ressortent un peu plus à chaque écoute. « The final cut » ne déroge pas à la règle et peine une fois de plus à sortir du lot, ressemblant comme deux gouttes d’eau à la précédente, alors que Waters parle d’envie de suicide.

Il faut attendre « Not now John » pour entendre la voix de Gilmour. Pas de chance, c’est probablement le plus mauvais titre du disque. Le plus laid en tout cas. Tout en force, un rock mal mené, qui malmène l’auditeur puisqu’il traite le peuple d’ignorant, et où Gilmour est contraint de hurler (ce qu’il ne sait pas faire) pour se faire entendre. Les chœurs de l’armée Soul (qui ont du marquer Gilmour malgré tout puisque nous les retrouverons plus ou moins sur les disques suivants…) ne sauvent pas l’entreprise et les différents bruitages assassinent définitivement le morceau. Du coup, le dernier titre, « Two Suns in the Sunset », qui semble être joué sur le bord d’une route apparaît presque comme un soulagement, alors qu’il est question d’holocauste nucléaire… Joie et bonne humeur ! Une chanson calme, jouée comme une ballade, mais qui ne se démarque pas particulièrement du reste. 82707053.jpgElle est même plus ou moins abîmée en son milieu, sur le pont énervé par des arrangements totalement saugrenus, comme cette voix suraigüe (chantée en accélérée ?) ou ce cri façon « The wall ». L’album s’achève sur un solo de saxo très léger (dans son contenu) qui finit de me faire dire que ce disque manque cruellement de bonnes chansons.

Lorsque l’on écoute ce disque, il peut sembler être un tout cohérent (ce qu’il est plus ou moins d’ailleurs), mais sans moment vraiment marquant et les chansons sont tellement semblables qu’aucun moment réellement exaltant ne semble vouloir s’extirper de ce naufrage. A mes yeux, ce disque n’est pas vraiment mauvais, il est purement et simplement transparent. Une fois écouté, je me demande souvent pourquoi l’ai-je écouté. Je n’en retire aucun plaisir, ni aucun dégoût. Ce disque est simplement pour moi d’un ennui abyssal.

Il ne sera suivi d’aucune tournée, ni même d’une promotion particulière. C’est Waters qui va dessiner la pochette, Hipgnosis ayant été demantelé, les photos étant prises par son beau-frère selon le seul souhait de Waters. Ce sera son disque, et rien d’autre. Mais pour lui, au-delà de ça, c’est aussi un disque qui signifie la fin du groupe. Le titre, « the final Cut » n’est pas choisi au hasard. Waters pensait appliquer là le mot de la fin, et après une discussion dans un restaurant, les trois membres du groupe pensent avoir chacun compris ce qu’ils ont voulu entendre. Waters pensent que tout le monde a compris que le Floyd, c’est terminé. Gilmour et Mason pensent que le Floyd, après quelques projets solos, va reprendre le cours de sa vie. Grosse erreur. Les quatre années qui vont suivre se passeront au tribunal.

 

Le disque ne connaîtra pas d’édition particulière, sauf comme je le disais plus haut, lors de la récente édition, dans le cadre du coffret « By the way » où l’inédit de « The Wall » découpé en deux parties pour les besoins du film a été inséré (assez maladroitement) dans le disque.

 

Voici le petit film promotionnel réalisé à l'époque...