05.02.2010

THE WALL (1979)

Pink Floyd : The Wall ou l’histoire d’une déconfiture… Voilà comment l’on aurait pu nommer l’album. De part son concept, mais également, de part l’ambiance générale qui va entourer la création de cette œuvre gargantuesque, horripilante pour certains et fabuleuse pour d’autres. Autant être clair tout de suite, je ne suis ni d’un côté, ni de l’autre. Il y a encore aujourd’hui, deux auditeurs chez moi lorsqu’il s’agit du Floyd. Celui qui se noie dans les souvenirs d’enfance et qui s’éclate en écoutant l’intro « In the flesh ? » pour tous les bons moments que ce morceau évoque, et celui qui a des oreilles normalement constituées qui lui rendent insupportable « The trial » par exemple.

 

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1978 : Le Floyd est au bord de la faillite. A trop vouloir donner dans le concert gargantuesque, à trop vouloir boursicoter, à trop vouloir placer son blé dans des investissements mal assurés, les membres du groupe sont littéralement rincés. Plus un radis pour payer les impôts. Si si ! Du coup, lorsque Waters qui a la main mise sur le groupe depuis maintenant un bon moment, arrive avec deux projets sous le bras, les autres membres n’ont pas d’autres choix que d’en accepter un. Il a donc deux démos. « The wall » (« Bricks in the wall » à l’époque…) et « The Pros and Cons », qu’il enregistrera plus tard en solo. La mort dans l’âme les autres membres choisissent « The Wall », mais le boulot à effectuer reste immense tant les démos étaient basique et mal carrossées. C’est d’ailleurs Bob Ezrin, choisi comme co-producteur, qui se chargea, en une nuit dit-on, de faire le ménage dans les bandes pour rendre le projet un peu plus présentable. Peu importe, l’avance de la maison de disques sur les ventes permet aux membres de régler leurs ardoises.

A l’origine du concept, un incident. En 1977, lors de la tournée « Animals », un groupe de mecs énervés ne cessait de demander « Careful with that axe Eugene » au groupe, en foutant joyeusement le bordel, ce qui finit par énerver passablement Waters qui cracha sur l’un des mecs. Cet incident donnait une idée de la distance qui s’était créée entre le groupe et son public.

Le personnage de Pink vit ainsi le jour, doux mélange entre l’imagination torturée de Waters, son expérience du groupe, sa vision très sombre du monde, et ses traumatismes liés à son enfance.

Seulement, un problème de taille survint assez rapidement. Waters arrivant avec un album composé, conceptualisé et pour ainsi dire, finalisé dans les détails les plus importants, à quoi allaient bien pouvoir servir les autres membres, notamment Wright et Gilmour. La réponse ne se fit pas attendre.

Pour des raisons de défiscalisation qui éviteraient au groupe la banqueroute assurée, ils déménagèrent en France, près de Nice pour y enregistrer l’album. Mais en quelques semaines, le climat se désagrégea entre les membres du groupe. Si Mason resta à l’écart, ayant finit sa partie rapidement, les trois autres commencèrent à se déchirer.

D’abord Waters et Gilmour. Waters refusait les compositions de Gilmour, et pire encore, il tentait même de ne pas le créditer pour les trois titres que Gilmour réussit à placer. C’est Bob Ezrin qui, malgré ses problèmes relationnels avec Waters (mais qui n’en n’avait pas à l’époque), parvint à arrondir les angles.

Ensuite, c’est avec Richard Wright que les tensions montèrent. Waters avait accepté de créditer Wright comme co-producteur si celui-ci parvenait à fournir suffisamment de matériel pour le disque, mais Richard Wright, empêtré dans des problèmes de cocaïne et de déboires conjugaux restait assis sans dire mot, et pour tout dire, peinait à fournir des parties clavier convenables. A la fin de l’enregistrement, Waters dit au manager que c’était lui ou Wright ! Wright fût viré, et « embauché » comme simple musicien pour la tournée. Financièrement, ce fût une très bonne opération pour lui, car les autres membres furent obligés de payer les frais de tournée et ne purent donc se rémunérer.

Mickael Kamen se chargea de l’orchestration, et parvint, ô miracle, à satisfaire Waters. Enfin, les bruitages furent ajoutés en post-production. Pourtant, tout au long de l’enregistrement, les disputes se succédèrent et Waters se conduisit un peu plus chaque jour en despote, comme le jour où il imposa un guitariste espagnol pour jouer à la place de Gilmour sur « Is there anyboby out there », morceau pourtant relativement simple à effectuer.

Si l’on se penche un tant soit peu sur l’album, il est facile d’entendre cette tension ressortir. Dès le départ. Les longues plages sont abandonnées pour des morceaux plus concis à la production nettement moins ample malgré la présence d’un orchestre à plusieurs reprises. En gros, il s’agit de l’histoire d’un musicien, Pink, qui, repensant à sa vie passée, et ruminant sur sa vie de star du rock, devient de plus en plus parano, se sent enfermé, autour d’un mur que chaque personne de son entourage a aidé à bâtir…

Dès « In the flesh ? » on sent que la production est plus rock. Toutes guitares dehors, Waters donne de la voix, le tout s’achevant dans un bruit assourdissant d’avion qui s’écrase. Le père de Pink est mort au combat lors de la seconde guerre mondiale… Tout comme celui de Waters. « The thin ice » déjà plus délicat, laisse apparaître un instrument majeur du disque, le piano. En effet, on n’entendra jamais autant de piano dans un album du Floyd. Par ailleurs, Gilmour se fend d’un solo de toute beauté qui prouve une fois de plus son talent de guitariste, à mon sens jamais trop bavard. Vient alors la fameuse suite « Another Brick In The Wall » qui cartonnera en single (premier en onze ans) et qui aidera à vendre l’album de façon colossale.

« Mother » reste une honnête ballade, aux accords simples mais à l’efficacité indéniable, tout comme « Goodbye blue sky » dans un genre plus intimiste et sombre.

Dès « Empty Spaces » les choses se gâtent. C’est en gros à partir de ce morceau que le personnage pète les plombs et Waters avec. Sa musique devient grandiloquente, et prétentieuse, se vautrant parfois dans la chantilly. Si « Young Lust » première composition de Gilmour ramène l’ensemble sur des sonorités plus rock, les paroles continuent à naviguer en mode paranoïaque. La suite perd pied sur le même rythme, notamment avec le latent « Don’t leave me now » qui possède une belle partie en arpège, mais dont l’intro, longuette, appuie de façon un peu trop dramatique sur la chute du personnage.

La reprise inutile d’ “Another Brock in the wall” et le glauque « Goodbye cruel world » font aujourd’hui sourire tant l’ensemble paraît un peu théâtralisé.

 La suite va malheureusement suivre la même direction. Pourtant, la première face de ce second disque ne s’en sort pas trop mal. « Hey You » très joliment chanté, ne manque pas, je l’avoue, de provoquer en moi quelques émotions. Les arpèges en abeilles, le clavier, et le solo de guitare concourent à rendre la chanson assez belle. « Is there anybody out there » et ses arpèges, certes basiques, sont aussi un beau moment dans le disque accentué par une orchestration tout en finesse, ce qui est d’ailleurs le cas pour l’ensemble du disque. Kamen a su poser un orchestre sans l’imposer pour autant.

Les courtes vignettes qui suivent sont plutôt réussies et d’une sobriété qui contraste énormément avec la suite, et même si « Bring the boys back home » donne dans la grandiloquence, c’est aussi pour coller à l’histoire qui, à ce moment, relate le retour du front en fanfare des soldats… Il faut bien l’avouer, hors contexte, et en 2010, l’ensemble sonne légèrement indigeste.

« Confortably Numb » reste pour moi le sommet du disque, et prouve que lorsqu’il veut s’en donner la peine, Gilmour parvient à composer des choses intéressantes. Ce titre reste, encore aujourd’hui, l’un de mes préférés, et un des plus joués par Gilmour sur scène. Une fois de plus, il prouve qu’il sait chanter aussi bien que son frère ennemi si ce n’est mieux, et qu’il est bien meilleur musicien. Le solo qu’il effectue est de toute beauté.

Voilà enfin la dernière face. Car c’est tout de même un disque éprouvant, long et bavard. Si « The show must go on » passe à peu près, Gilmour y chante remarquablement bien, il n’en reste pas moins assez faible. Pendant un temps, les Beach Boys ont été pressentis pour faire les chœurs sur ce titres, mais… Waters a finalement refusé.

La suite n’est guère brillante, reprenant « In the flesh » sur un ton encore plus rock, Waters chante des paroles censées être proférées par une star du rock devenu dictateur. C’est caricatural, et pour tout dire aujourd’hui, un peu ridicule. Personnellement, je préférais tout de même l’époque où il nous parlait de Goélands et d’étoiles dans le ciel à la place d’un facho qui veut virer les juifs, les noirs, les homos et les boutonneux de la salle du concert… Mais c’est le concept qui veut çà. « Run like Hell » n’est guère plus brillante. Sur un mode disco, Gilmour joue un riff noyé sous des effets déjà obsolètes. Pour la première fois de son histoire, le Floyd est en retard sur son époque, technologiquement parlant. L’ensemble sonne mou et sans relief. Pour l’anecdote, on peut entendre des roues crisser… il s’agit d’une camionnette conduite sur le parking du studio, dans laquelle se trouvait d’ailleurs Waters qui, tellement apeuré, hurlait à plein poumons.

La fin s’enfonce littéralement. « Waiting for the worms » et son insupportable final plonge l’auditeur dans un chaos un peu artificial, quand à « The Trial », c’est carrément l’indigestion. Très orchestré, harpes, chœurs, le procès fictif et mental de la star du rock ressemble à un opéra, mais tout ici est outrageusement grossi, et à l’arrivée, il ne reste pas grand-chose à sauver. C’est presque un soulagement de voir arriver « Outside The Wall », une fois le mur écroulé, et sa légèreté.

Une tournée suivie ce disque qui se vendit à 11 millions d’exemplaires. Devant l’énorme logistique du show et les frais qu’il engendrait, le groupe ne donna que 23 représentations, uniquement aux Etats-Unis, en Allemagne, et en Angleterre. Le live qui sortira bien des années plus tard retrace fidèlement ce que pouvaient être les concerts de l’époque. Le groupe jouait, à la note près, le disque, dans l’ordre et sans rien d’autre autour, épaulé par, notamment Snony White, comme lors de la tournée d’Animals.

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Enfin, le film d’Alan Parker, reprend fidèlement l’idée et le concept du disque et pour cause… Roger Waters suivit Parker comme son ombre pendant tout le projet, le rendant à moitié fou.

Si j’écoute ce disque, et si, malgré tout, je l’aime bien, c’est qu’il est très lié à une période de mon enfance. J’avais 5 ans lorsque ce disque est sorti, et je l’écoutais en boucle. Lorsque j’ai eu mon premier Walkman, j’ai embarqué la copie de ce disque pendant des vacances, et n’ayant pris que celle-ci, je n’ai écouté que ce disque. Il me suivit longtemps. Je l’écoute encore aujourd’hui, mais c’est très largement lié à une certaine nostalgie plutôt qu’à un goût prononcé pour ce disque.

Il faut bien avouer qu’il a assez mal vieilli tant par sa musique que par son concept ou sa production. Le Floyd s’enterre plus ou moins avec ce disque et la suite ne va pas s’avérer plus brillante.

 


Pink Floyd-The Wall-Comfortably numb
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04.11.2009

ANIMALS (1977)

Notoirement connu pour posséder un solide sens de l’humour, le joyeux drille Waters a depuis longtemps pris les commandes du groupe. Insidieusement pour débuter, depuis Dark Side Of The Moon, et maintenant ouvertement. Installés dans leurs nouveaux studios, à Britannia Row, situés dans une ancienne église désaffectée et dont les peintures de rénovation sont encore fraîches, les membres du groupe s’ennuient, s’épient, se méfient. L’endroit est austère. Froid. A l’image de l’album à venir.

La plupart des chansons qui composent ce disque ont fait, par le passé, l’objet de discordes, notamment entre Gilmour et Waters. En effet, certaines d’entre elles, « Raving and Drooling » et « Gotta be crazy » auraient du figurer sur l’album précédent, faisant déjà parties du répertoire live du groupe, mais Waters en avait décidé autrement. Cette emprise de plus en plus flagrante commence à agacer les autres membres du groupe, et principalement Gilmour qui souhaite proposer ses propres compositions. En effet, Mason ne composant pas, et Wright ne proposant rien à l’époque, empêtré dans un divorce couteux et dans des gros problèmes liés à son addiction à la cocaïne, le duo Gilmour / Waters se battait bec et ongle pour exister au sein de la formation. 113898412.jpgLa couleur rose n’a jamais été aussi présente dans ce disque, le titre « Pigs », la pochette, avec ce cochon, et une édition du vinyle, en rose, renforceront cette teinte, et pourtant, il s’agit probablement d’un des disques les plus sombres du Pink Floyd. Le thème du disque est plutôt vaste, puisqu’on y croise des moutons conduits à l’abattoir, des cochons, des chiens, et tout ce beau monde est mis en parallèle avec la nouvelle société Thatcherienne, ou avec les idées ultra conservatrices de la protectrice de la morale bien pensante de l’époque, Mary Withehouse. N’oublions pas que nous sommes dans la période 76 / 77, soit l’explosion de l’ère Punk qui crache, outre sur les règles bien pensantes, sur la majorité des groupes, appelés à l’époque des dinosaures. A ce propos, une anecdote savoureuse veut que Johnny Rotten, arrivé dans les studios par hasard, portait fièrement un délicieux Tee-Shirt, sur lequel était écrit « I hate Pink Floyd », ce qui avait le mérite d’être clair. Celà n’empêcha pas Mason de produire l’album des Damned, plus par un concours de circonstances que par une volonté profonde des deux partis.

 

Pendant l’enregistrement, il devint évident, au vu des nouvelles parties de guitares toujours plus nombreuses, que Gilmour aurait besoin d’aide, au moins sur scène. Snony White fût choisi, sur les conseils avisés de Steve O’Rourke. Lorsqu’il entra dans le studio, lui qui n’avait jamais entendu la musique des Pink Floyd (comme est-ce possible ?), l’atmosphère était particulièrement tendue. Waters et Mason venaient d’effacer par erreur un solo de Gilmour dont il était assez fier. Gilmour et lui discutèrent quelques instants, White demanda s’il devait passer une audition, et Gilmour lui répondit froidement « Si tu es là, c’est que tu sais jouer, non ? ». Fin de l’audition. Plus tard Waters lui demanda poliment de jouer quelque chose (« puisque tu es là, montre nous ce que tu sais faire !), et White s’exécuta. Il créa un solo sur « Pigs on the wing », qui ne fût pas retenu lors du mixage final puisque le groupe décida de couper le morceau en deux, ouvrant et clôturant ainsi l’album.

Aussi étrange que cela puisse paraître, et malgré les nombreuses tensions, l’enregistrement du disque se déroula dans une bonne ambiance. Un esprit de groupe retrouvé, loin du cauchemardesque enregistrement de « Wish you… ». Mais, paradoxalement, c’est ce disque qui va sceller définitivement la discorde au sein du groupe, et notamment entre les deux leaders.

 

L’album débute dans la légèreté, avec « Pigs on the wing », chanson acoustique, basique et paisible. C’est une chanson d’amour, dédiée à la femme de Waters. On ne peut pas dire que cette chanson fasse partie des meilleures chansons du groupe, et se révèle même plutôt anecdotique, mais prise dans l’ensemble d’un album assez lourd à porter, elle s’avère agréable.

C’est « Dogs » qui mettra le feu aux poudres au sein du groupe. Morceau créé en 1973 que le groupe a déjà l’habitude de jouer sur scène sous une forme un peu différente, notamment au niveau des textes, il a été composé par Gilmour. 17 minutes de rock torturées, paradoxalement dominées par les guitares acoustiques qui ouvrent le titre. Si la mélodie n’est pas particulièrement fantastique, les arrangements, les solos et la structure du morceau sont eux assez intéressants. A l’époque, certaines critiques ont même avancé que le groupe revenait enfin aux expérimentations. Avec le recul, cette assertion apparaît un peu exagérée, car hormis le break au milieu du titre, atmosphérique, répétitif, qui effleure gentiment le Krautrock, et les expérimentations électroniques, le reste sonne plutôt rock. Bien plus que les dernières productions du groupe d’ailleurs. Animals est encore aujourd’hui considéré comme l’album « Hard-Rock » du groupe. Cette dénomination a tout pour faire sourire, mais à l’époque, c’était dit tout à fait sérieusement. Bref, pink_floyd_animals.jpgaprès un solo lumineux de Gilmour qui partage le chant avec son frère ennemi Waters, le morceau s’enfonce peu à peu, et se noie sous des nappes de claviers, alors que les aboiements d’un chien sont torturés, répétés, filtrés. Cette partie, aujourd’hui, sonne un peu datée et à tendance à traîner en longueur. Plus de concision aurait sans doute été souhaitable. Ensuite, le morceau reprend lentement le dessus pour retrouver la structure du début. L’album contient 5 titres, et les royalties d’un disque sont calculées en fonction du nombre de titres, et non pas en fonction de leur longueur. Du coup, bien que "Dogs" prenne pour ainsi dire la totalité de la première face, Gilmour n’est considéré que comme le compositeur d’un cinquième du disque, au lieu de la moitié. Waters prenant le reste à son compte. Si Mason et Wright n’y voient aucun inconvénient, et pour cause, Gilmour ne l’entend pas de cette oreille. Cette problématique enflera au fil des mois et sera, à terme, l’un des gros points de discorde entre les deux compositeurs.

La seconde face est, à mon sens, plus réussie. D’abord parce que les morceaux sont plus courts, et donc plus digestes, et ensuite parce qu’ils sont tout simplement meilleurs. Les mélodies sont nettement plus marquées et plus inventives, ce qui place une fois de plus Waters en tête des compositeurs du groupe.

« Pigs », son cri de cochon, son clavier et sa basse donnent tout de suite une tension plus rock au morceau, et si les compositions ne sont plus au niveau de l’époque « Meddle », elles sont plus efficaces que le précédent  « Dogs ». Mason se permet quelques fioritures aux percussions, et Gilmour, toutes guitares dehors, s’en donne à cœur joie. Seul Wright reste en retrait, sur un album qu’il n’aimait de toute façon pas. Le break allonge la sauce un peu inutilement, avec des effets un peu vains. Il ne faut pas se le cacher, on a parfois l’impression d’avoir affaire à du remplissage. A l’instar de « Dogs », une fois le break « expérimental » passé, le morceau repend les choses au même endroit, mais pour se terminer dans un solo de Gilmour particulièrement rageur, digne des meilleurs moments d’ « Echoes » ou de « One of these days ». Le meilleur moment du morceau et peut-être du disque. Le titre s’efface lentement dans un champ de moutons qui bêlent tranquillement.

Comme pour ne pas les perturber, Wright entame « Sheep » au clavier avec une douceur particulièrement atypique au sein de ce disque. Le second meilleur moment du disque, et, à titre plus personnel, le morceau que je préfère du disque. La seule véritable contribution de Wright au disque s’avère être un moment en apesanteur, calme et discret, à son image. On en vient presque à regretter l’arrivée discrète de la basse, puis de la batterie, dont une partie sera inversée sur bande, donnant l’impression que l’écho qui arrive habituellement après la frappe des fûts précède cette fois l’explosion. Le rythme du morceau, encore plus rock que le précédent, est nettement plus soutenu. Malheureusement, arrive un break, prévisible, qui casse à nouveau le rythme du disque. Presque plus inutile que sur les titres précédents, celui-ci n’est soutenu que par la basse et quelques claviers discrets. On y entend une voix filtrée par un vocoder et le troupeau de moutons reprend de la laine de la bête. Rappelons qu’à ce moment de l’album, la société anglaise, pour ne pas dire mondiale, est comparée à un troupeau de moutons prêt à être décimé. Une fois de plus, Gilmour termine fort en soutenant une rythmique explosive qui accentue l’effet d’une fin apocalyptique.

« Pigs on the wing » termine le disque comme il l’avait commencé, une constante chez le Floyd depuis « Dark Side of the Moon » qui perdurera jusqu’à « The Final Cut ».

 

Le gros problème de ce disque, c’est l’effet monolithe. animals-yugoslavia-85.jpgLes trois chansons principales du disque sont bâties sur le même schéma, couplet, refrain, pont à rallonge, couplet, refrain. Et si la structure de « Dogs » diffère un peu, elle reste tout de même dans cette même mouvance. A l’arrivée, ce disque que j’aime vraiment beaucoup, mais sans doute parce qu’il a bercé mon enfance plus qu’autre chose, s’avère un peu austère. La pochette, particulièrement sordide, enfonce le clou de cette impression.

 

Alors que l’idée du cochon volant au dessus d’une usine fût adoptée par tous, et alors que l’on suggéra une simple incrustation, Waters en décida autrement. Il fit confectionner un véritable cochon géant gonflé à l’hélium. En prévision de la descente du cochon, on appela une poignée de tireurs d’élite pour shooter l’animal une fois le cliché effectué, mais celui-ci, le jour dit, refusa de se gonfler… Une journée passée, sans succès. On recommença donc l’expérience le lendemain. Cette fois, le cochon se gonfla sans difficulté. Mais, alors que l’on venait de prendre les clichés nécessaires, une rafale de vent bouscula le cochon, et le câble céda. Sauf que personne n’avait pensé à rappeler les tireurs… Et voilà donc le cochon qui s’envole dans les hauteurs et part vivre sa vie, loin des soucis des rayons de charcuterie. C’est un avion qui finalement le repérera quelques temps plus tard. Il finira par se dégonfler pour finir dans un champ à quelques dizaines de kilomètres. Anecdote somme toute amusante, pour un album sombre, mélancolique, et qui annonce une fin un peu terne. Car, même si les compositions sont majoritairement signées de la main de Waters, musicalement, l’album reste un album collectif où chacun a participé au processus d’enregistrement et de production. Ce sera la dernière fois.

 

L’album se vendit correctement, sans pour autant atteindre des chiffres de vente phénoménaux. Il connut différentes éditions. La plus connue reste cette édition en vinyle rose, pressée pour le marché français, qui resta, pendant longtemps, le marché le plus juteux pour le groupe. Il existe également d’autres éditions, dont un pressage bleu assez rare, ainsi qu’une version promo de l’album, rose également, cette fois, il s’agit de l’ensemble du disque qui se trouve être rose, pochette comprise.

 

Les stades, quant à eux, continuent de se remplir, la musique du Floyd étant jouée dans un brouhaha parfois difficile à supporter pour le groupe, ce qui ne sera pas sans poser problème pour la suite. Sur scène d’ailleurs, le Floyd est depuis longtemps une machine, technologiquement très haut point, parfaite techniquement, mais très peu passionnante. Pour peu que l’on soit un tant soit peu objectif, il faut bien admettre que l’on s’ennuie aux concerts du Floyd. Ils se contentent de jouer l’intégralité des deux derniers albums, avec deux extraits de Dark Side Of The Moon en guise de rappel, le tout étant joué à la note près. Bref, ils livrent régulièrement une photocopie froide de leur musique. Oubliées les improvisations, oubliée la folie, les Floyd sont rentables, et c’est bien ce qui compte le plus.

15.09.2009

Moonhead

Ce blog va reprendre doucement du service dans quelques jours, mais pour le moment, le manque de temps m'oblige à vous faire patienter un peu... Un musique créée spécialement pour un documentaire autour des premiers pas sur la lune. Par contre, je ne certifie pas que les images soient celles prévues à l'époque....